
Sortie: 8 décembre 2009
Label: Re-Up/Star Track
Producteurs: The Neptunes, DJ Khalil, Chin, Sean C & LV
Les années 2008 et 2009 auront été marquées par la crise. Que ce soit au plan économique ou artistique nous traversons une période de vaches maigres accentuée par une certaine déliquescence chaque jour plus manifeste. Le hip-hop n’a quant à lui pas attendu ces deux années terribles pour entamer sa crise. Depuis 2007, il pâtit de productions sans grande saveur, d’un discours plus redondant que jamais et s’avère de moins en moins innovant, plombé qu’il est par une uniformisation grandissante, infectant même ses souterrains. Dans ce contexte morose, les attentes concernant les albums des valeurs sures sont d’autant plus grandissantes. Le duo de dealers de coke de Virginia Beach n’y échappe pas. Après deux albums tutoyant les classiques, les deux frères Thornton sont attendus au tournant et ils le savent. Avec des milliers de fans et une critique en manque depuis leur dernière inhalation, ils se doivent de livrer une drogue encore plus puissante tout en nous gardant de l’overdose. C’est sans doute ce dernier souci qui a présidé lors de l’élaboration de ce nouveau produit de synthèse. Nos frères décident en effet de changer leur formule gagnante en s’associant à des chimistes autres que les fidèles Neptunes. Une nouvelle qui n’a pas forcement rassuré la clientèle dan,s la mesure ou depuis leur apparition officielle avec Lord Willin, Malice et Pusha T ne se sont passés de leur service qu’une seule fois, le temps de livrer une barrette de shit portant le nom de I’m Serious dissimulée dans le package d’une bande originale répondant au nom de Cradle To The Grave. De plus des rumeurs faisant état d’associations avec des revendeurs de peu d’envergure, au nombre desquels Joss Stone (le titre sera effectivement enregistré), suscitait des craintes légitimes. Comme la plupart des gros bonnets du milieu, Clipse cèderait-il aux pressions de la mafia discographique en livrant une dose édulcorée, à l’image de celles auxquelles les pauvres camés que nous sommes doivent se contenter depuis quelques temps. Premiers éléments de réponse, l’annonce de l’identité des nouveaux laborantins. On aurait pu craindre l’irruption de pathétiques amateurs ne devant leur éphémère renommé qu’au manque de goût de la clientèle. Il n’en est cependant rien. Les deux nouvelles équipes constituées des Hitmen Sean C & LV et de DJ Khalil (secondé pour l’occasion de Chin) a heureusement déjà fait ses preuves dans le milieu. Avec ces renforts de choix et la confiance renouvelée en Chad Hugo et Pharrell Williams, on table raisonnablement sur une livraison de qualité. Malheureusement la fine équipe mettra énormément de temps à infiltrer de nouveau l’industrie. En dépit d’une nuée de consommateurs fidèles, il leur faut recréer leur réseau une fois de plus avant de lancer la vente à grande échelle. La mise en vente sera ainsi maintes fois ajournées au plus grand dam des consommateurs. L’impatience aidant ils se jetteront sur le moindre pétard introduit par la fine équipe. Le disque de Re-Up Gang fera ainsi patienter les plus atteints. Pour les autres il faudra attendre que la toute première dose du package, Kinda Like A Big Deal investisse les rues pour mettre fin à cette trop longue période de manque. Cet excellent cru usiné par DJ Khalil retourne le cerveau dès les premières ingurgitations. De plus le petit zeste apporté par Kanye West n’altère en rien la qualité du produit, tout au contraire. Les sentiments sont cependant plus partagés avec les livraisons suivantes I’m Good et All Eyes On Me qui en dépit de leur qualité et de la touche neptunienne sont diversement appréciées par les Clipse-addicts. Dernière dose à se rependre dans les rues via le concours de l’ambassadeur du bitume Cam’ron, Popular Demand (Popeyes) s’avère plus que satisfaisant. Le hors-d’œuvre digéré place à présent au package de luxe tant attendu que tout Clipse-Fiend se hate de se procurer chez son revendeur habituel.
Première impression, le disque s’avère comme on l’espérait très bien produit. Si les Neptunes continuent à se tailler la part du lion en ne laissant que cinq productions aux autres artificiers, ces derniers se mettent au niveau du duo de producteurs virginiens, rivalisant même d’imagination avec eux. Sean C & LV mettent la pression d’entrée avec un excellent Freedom (quoique peu évident à appréhender lors des premières écoutes). Un sample de voix de David Potter, un riff de guitare, quelques instrumentations additionnelles et le tour est joué. Ajoutons à cela une très bonne performance de Pusha T (très en verve sur l’ensemble du disque d’ailleurs) et on se laisse emporter par ce titre. L’hypnotique Popular Demand avec son couplet tout en ad libs de Killa Cam et le terrible Kinda Like A Big Deal envoient l’auditeur en orbite et le transporte sans décalage horaire dans le monde de nos deux lascars, exactement comme sur les premiers opus.
Avec une entrée en matière aussi époustouflante on se prend à rêver à une nouvelle tuerie. Les titres suivants viendront corroborer ce sentiment. Yo Gotti se met en valeur sur la bastos Showing Out nouvelle collaboration réussie avec les Neptunes. Malheureusement cette association jusqu’alors si efficace va s’avérer à la longue moins percutante sur cet album. Si elle s’avère convaincante sur Door Man et plutôt correcte sur I’m Good, il n’en est pas le cas sur la plupart des autres titres livrés par le combo virginien. Sans pour autant sombrer dans l’insipide les productions trop « lights » des Neptunes dénotant d’une volonté d’ouverture commerciale font perdre de l’épaisseur à la mayonnaise. Cette orientation n’est bien entendu pas du goût de ceux qui ne rêvaient que d’instrus gras comme un vieux burger. Si dans leur ensemble elles ne sont pas foncièrement mauvaises, on ne peut affirmer qu’elles ne tirent pas l’album vers le bas. All Eyes On Me rempli parfaitement son rôle de titre club notamment grâce au renfort de Keri Hilson mais ne convainc que moyennement et finira même par irriter certains. Counseling et surtout Champion sont par contre peu emballants. On en baille presque. On en est encore à se demander comment Pharrell et son acolyte en sont venus à livrer des prods si peu originales (ce qui était pourtant la grande force de celles des deux premiers albums) à leurs collaborateurs de longue date. On a beau être fan la compromission est difficilement concevable. Pour ne rien arranger DJ Khalil ne gâte pas non plus son Footsteps. Si nos MC’s s’y adaptent plutôt bien, il n’en est pas de même pour Kobe qui livre un refrain irritant à la longue. Il s’en sort heureusement mieux sur un There Was A Murder de bien meilleure facture. C’est finalement Sean C & LV qui pourront se targuer d’avoir réussi un sans-faute en assurant le missile barbelé Never Will It Stop sur lequel Ab-Liva sort le gun secondant avec brio les deux frères dans ce massacre auditif. Ces derniers sont heureusement restés égaux à eux-mêmes tout au long de ce projet. Leur complémentarité microphonique continue de faire des étincelles et reste toujours aussi savoureuse. Si Malice est devenu un tantinet plus nonchalant, Pusha T a cependant gagné en efficacité avec des prestations plus énergiques. Que les sceptiques soient rassurés, le duo est toujours aussi incisif. L’album se conclue sur une ultime production signé par les Neptunes. Life Change voit intervenir leur petit protégé Kenna sur le refrain et achève plutôt bien l’album
Un disque qui au regard de ce à quoi nous avaient habitués nos deux zigs s’avèrent finalement décevant. La faute à une inégalité trop flagrante. Si la première partie est de très haut niveau, l’album pêche sur la longueur à cause du manque de consistance de sa deuxième partie. Dommage pour nos frères qui s’ils continuent de briller au mic font les frais de la direction artistique de leurs amis producteurs. On en vient finalement à se demander s’il n’aurait pas été loisible de leur donner moins d’influence et faire plus de place aux autres architectes sonores de l’opus. En dépit des nombreuses réserves, Til The Casket Drops n’en demeure pas moins un très bon album et peut-être même un des meilleurs de l’année. On était bien entendu en droit d’en espérer plus et on est un peu déçu, mais ce ressentiment ne doit pas venir fausser notre jugement. Un bon disque de 2009.
16/20
Tracklist
| # |
Title |
Producer(s) |
Length |
| 1. |
« Freedom » |
Sean C & LV |
3:46 |
| 2. |
« Popular Demand (Popeyes) » (feat. Cam’ron & Pharrell) |
The Neptunes |
4:20 |
| 3. |
« Kinda Like a Big Deal » (feat. Kanye West) |
DJ Khalil & Chin |
3:26 |
| 4. |
« Showing Out » (feat. Yo Gotti & Pharrell) |
The Neptunes |
3:38 |
| 5. |
« I’m Good » (feat. Pharrell) |
The Neptunes |
4:21 |
| 6. |
« There Was a Murder » (feat. Kobe) |
DJ Khalil & Chin |
3:36 |
| 7. |
« Door Man » |
The Neptunes |
5:08 |
| 8. |
« Never Will It Stop » (feat. Ab-Liva) |
Sean C & LV |
3:21 |
| 9. |
« All Eyes on Me » (feat. Keri Hilson) |
The Neptunes |
3:50 |
| 10. |
« Counseling » (feat. Nicole Hurst & Pharrell) |
The Neptunes |
3:17 |
| 11. |
« Champion » |
The Neptunes |
4:14 |
| 12. |
« Footsteps » (feat. Kobe) |
DJ Khalil |
4:21 |
| 13. |
« Life Change » (feat. Pharrell & Kenna) |
The Neptunes |
4:27 |
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