Joe Budden – Padded Room
Sortie: 24 Février 2009
Label: Amalgalm Digital
Producteurs: Blastah Beatz, Dub B, MoSS, Qwan, The Klasix, Versatile & Dilemma, Kid Source, Fyu-Chur
Il aurait pu ne jamais revenir après des années de galère. En dépit d’un premier album éponyme ayant glané un disque d’or, Joe Budden n’a pas bénéficié de l’égard dû a son statut de la part de la direction de son label. Indésirable à Def Jam il continuera, heureusement de nous gratifier de ses ogives lyricales via mixtapes et street-albums ainsi que par ses fans qui auront contribué à entretenir la flamme même au plus mal de sa carrière. On commençait cependant à désespérer de l’entendre de nouveau sur un projet officiel. La rédemption viendra de la structure indépendante Amalgalm Digital qui le prend sous son aile et entreprend de relancer sa carrière. Une renaissance pour ce lyriciste de talent qui derechef se met au travail et annonce la sortie de son deuxième album Padded Room. La question était de savoir si après tant de temps Budden était aussi affuté. Le premier single The Future viendra nous rassurer. En plus de marquer son grand retour discographique, ce son produit par Klasix marque aussi sa réconciliation avec The Game (ce dernier apparait d’ailleurs en featuring dessus). Un titre plutôt efficace et dans la lignée de son premier opus. On se prend alors à rêver d’un album aussi abouti que le précédent mais voici que le second single In My Sleep vient jeter un doute. Pas que la qualité du morceau soit en cause, mais c’est l’ambiance sombre et mélancolique qui en ressort qui fait tiquer. Apparemment les épreuves ont rendu l’ami Budden encore plus torturé qu’il ne l’était. On comprend dès lors que The Future ne sera rien d’autre que la transition entre le Budden joyeux et son clone à la psyché tourmentée. Même la pochette s’inscrit dans cette logique et illustre très bien le contenu de l’album.
Avant toute choses il convient d’oublier définitivement le Joe du premier album. Pas de clubs bangers, pas de singles brillants et festifs. Le sang a remplacé le champagne, les bitches se sont muées en démons intérieurs et les voitures ne sont plus que carcasses desséchées dans cet univers glacial et cauchemardesque. L’album commence cependant sur des chapeaux de roues avec un Now I Lay où il fait étalage de ses talents au mic, prouvant une fois de plus qu’il est l’un des rappeurs les plus doués de sa génération, n’en déplaise aux haters. Mais dès la troisième piste on entre dans l’intellect torturé de Joe. If I Gotta Go résonne comme un glas lugubre dans une nuit sans lune. Un texte brillant mais incroyablement sombre. Cette ambiance mortifère se perpétue avec Do Tell (rappelant un message d’adieu), Blood On The Wall (le titre est suffisamment évocateur), le pré-cité In My Sleep et son ambiance cauchemardesque et aussi le tristounet I Couldn’t Help It. On se prend tout de même à succomber au charme de cette psychanalyse sur beats mais à force le pessimisme ambiant qui exhale de cet album nous donne le bourdon. La marche aux Morts à coté passerait presque pour un slow. Rarement un album est allé aussi loin dans la relation des angoisses de son auteur. Plus vrai qu’une confession, plus froid qu’un poignard, plus glacial qu’une chambre froide, aussi triste que l’enterrement d’un pauvre hère, ce disque est définitivement sponsorisé par les pompes funèbres et les dépressifs anonymes.
De cette ambiance de suicide imminent, magistralement mise en musique par The Klasix, Blastah Beatz, MoSS ou encore Versatile & Delemma, seul Happy Holidays tranche un peu. Pour le reste des titres on laisse le corbeau s’assoir sur notre épaule gauche, on revêt les habits de deuils et on adopte le pas trainant du cortège funèbre laissant à cette âme blessée par la vie le soin de nous guider dans les méandres de sa déprime. On est ainsi de tout cœur avec lui quand il nous parle des femmes (ou de la drogue?) sur Exxxes et on partage sa peine sur l’autobiographique Angel In My Life. On se sent même prêt à presser sur la détente et consommer notre suicide à l’écoute de l’effrayant Pray For Me qui sonne comme une ultime supplique pour le repos de l’âme de Joe. Encore que même la mort ne saurait lui apporter la paix. Heureusement que la bonus track Family Reunion Remix (avec Fabolous, Ransom et Hitchcock) vient apporter un peu de respiration et clos cette dépression faite disque.
Un album assez contrasté en somme. Si sa qualité est certaine et que Joe Budden brille de nouveau au mic, l’ambiance oppressante de cet opus a malheureusement pour principal effet de rebuter des auditeurs peu enclins à partager la douce folie de cet opus. De plus ce concept si particulier est un frein aux écoutes fréquentes sous peine d’avoir le bourdon. Joe Budden réussi pourtant admirablement son retour et livre un opus plus intimiste que jamais. Après on apprécie où on déteste mais on n’y reste pas indifférent
15/20
Tracklist:
1. Now I Lay (produit par Blastah Beatz)
2. The Future [Feat. The Game & Dominic] (produit par Fyu-chur)
3. If I Gotta Go (produit par the Klasix)
4. Don’t Make Me (produit par Blastah Beatz)
5. Blood On The Wall (produced by Moss)
6. In My Sleep (produit par Blastah Beatz)
7. Exxxes (produit par the Klasix)
8. I Couldn’t Help It (produit par the Klasix)
9. Adrenaline (produit par Dub)
10. Happy Holidays [Feat. Drew Hudson & Junkyard Gang] (produit par Qwan)
11. Do Tell [Feat.Emanny] (produit par Blastah Beatz)
12. Angel In My Life (produit par Blastah Beatz)
13. Pray For Me (produit par Versatile & Dilemma)
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