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Fat Joe – J.O.S.E. 2

Fat-Joe-JOSE-2 Fat Joe - J.O.S.E. 2

6 Octobre 2009. Une journée qui s’annonce plutôt sans histoire comme souvent. On vaque tranquillement à ses occupations en aillant le sentiment absurde d’avoir oublié quelque chose. Que peut-il y avoir de si marquant un mardi pour qu’on s’en souvienne? Une réflexion rapide n’ayant ravivé aucun souvenir, on se décide donc à regarder dans l’agenda électronique. Trois boutons appuyés plus tard, on réalise avec stupéfaction l’ampleur de cet oubli. Non, il ne s’agit pas d’un éventuel match de Ligue des Champions mais plutôt de la sortie d’un nouveau long métrage, la suite des aventures de l’agent Joey Crack plus connu sous le nom de Fat Joe. Étrange que même le plus stupide des pense-bête ne nous l’ait pas rappelé. Normal au demeurant au vu du manque d’engouement que suscite cette sortie précédée de trailers plus qu’anecdotiques dont même les plus grands fans du gros gangster ne se rappellent pas. Mais qu’importe au fond. On prend son billet et on s’organise comme on peut pour assister à la première.
Un peu plus tard dans la soirée, on se retrouve dans le vestibule du cinéma en compagnie de fans irréductibles qui affirment sans ciller que ce nouvel épisode marquerait le grand retour au premier plan de notre héros. Argument plus que discutable constamment remis au goût du jour à chacune des sorties du Gros Joe. On écoute donc d’une oreille plus que distraite (c’est un euphémisme) cette poignée de passionnés se répandre en masturbations intellectuelles avec le sentiment un peu honteux d’avoir été, jusqu’à une époque très récente, l’un des leurs. Il faut dire que les superproductions du gangster du Bronx sont de plus en plus médiocres. L’ascension du petit dealer Porto ricain devenu l’un des caïds du rap game commence franchement à ennuyer. Tout avait pourtant si bien commencé avec deux premiers films de qualité ayant à eux tout seuls forgé la légende de Joseph Cartagena. Le troisième épisode qui relate son accession au statut de Don du crime conclut cette première trilogie de fort belle manière mais marque malheureusement le début de la décadence de notre héros. Au contact du dollar-roi et du strass-paillettes propre au monde des gros dealers de came musicale, Joey Crack va s’adoucir, et peine à se remettre de la fin tragique de son plus fidèle homme de main Big Pun. Partagé entre une volonté de concilier son nouveau statut de poids lourd de l’industrie (sans jeu de mots) et son passé de gangster plus que respecté, il va se diluer dans une nouvelle trilogie qui le fera progressivement passé de la gloire aux critiques acerbes. Pis entre deux épisodes il se découvre un redoutable ennemi, un jeune dealer nommé 50 Cent qui lui aussi connait une ascension fulgurante dans le milieu et qui n’hésite pas à s’en prendre vertement à lui. Cette rivalité malsaine le poussera à ne pas s’en tenir au scénario du dernier volet de la trilogie, trop occupé qu’il était à vouloir rabattre le caquet à ce petit insolent. Toutes choses qui ne seront pas du goût des producteurs de la série qui décident de son arrêt. Joey a heureusement de la ressource et en authentique gros bonnet de la drogue, il prend la direction du paradis pour criminels: Miami. Entouré d’une nouvelle équipe de pistoleros, il tente depuis lors de reconquérir son trône new-yorkais. Si le film numéro 7 avait été plombé par le manque d’identité de la production, le huitième avait été clairement raté et a eu pour principale conséquence de faire entrer notre héros dans le cercle des légendes cinématographiques has been pour les plus compatissants, et dans celui des wacks pour les plus acerbes.
Au regard de ce qui précède, il est donc difficile de faire preuve d’enthousiasme au moment où l’on entre dans une salle de cinéma incroyablement vide. Il faut croire que les pérégrinations de Fat Joe n’attirent plus grand-monde. A moins que ce ne soit la grêle de critiques assassines dont le film a été l’objet sur la toile qui n’ai fait capoté cette première. Une fois installé (pour une fois qu’on a largement le choix des places dans une première pourquoi se gêner?) on prend donc connaissance du contenu du film en lisant la brochure promotionnelle récupérée à l’entrée. Drôle d’idée que d’avoir baptisé ce nouvel opus J.O.S.E. 2, surtout que le premier du nom était loin de faire l’unanimité et est même considéré par l’aile dure de la critique comme la pierre fondatrice de sa déchéance. De plus les suites sont très souvent inférieures aux premiers. Peu rassurant. On en est donc à se demander ce que pourrait signifier cet intitulé quand deux voisins s’amusent à trouver des définitions délirantes à cet acronyme:
« -J.O.S.E.? Jokes Of a Silly Entertainer ah ah
– Non Just One Shit’s Evidence
-Mieux, Joe Organise Son Enterrement
-Où encore Joe Oublie Son Éducation
-Joe Oublie Son Entourage aussi est pas mal »

On se surprend à ricaner doucement et on manque de s’esclaffer au vu de la liste d’invités et de producteurs: Ron Browz, Lil Wayne, Akon, T-Pain, Jim Jonsin, Swizz Beatz…bonjour la prise de risques. Une liste de cérémonie d’awards pour ados fait pâle figure à coté de ce casting de gros vendus…pardon vendeurs. Signe des temps Joey ne parvient même plus à attirer ses homologues new-yorkais. Seul Raekwon est mentionné dans les crédits pour une scène où il est sommes toutes l’invité le plus approprié (quelle idée aussi de l’avoir appeler Ice Cream, on pense direct à un remix). Pas le temps de chipoter. Voici que les lumières s’éteignent et que la projection commence.
A peine les premières images défilent-elles devant nos yeux que l’on comprend vite qu’on aurait du remplacer notre cornet de popcorn par un sac pour le vomi. La crise de foie est immédiate et cette daube de sous-plongeur improvisé cuisinier rempli parfaitement son rôle d’expectorant pour baleines. A mesure que le film avance on est pris d’abominables nausées et on en vient à cracher jusqu’à l’irritation de gorge et à redécorer le tapis rouge de flaques de dégueuli. Et oui on ne s’y trompe pas. Un virus plus virulent que celui de la grippe A vient de voir le jour provoquant otites, fortes fièvres, céphalées des plus insupportables et crises de colère destructrices. La faute au grand méchant de cet épisode, un nommé Auto-tune qui parasite toutes les sorties et que Jay-Z n’aura pas réussi à tuer. Au vu de la présence de ses fidèles, il n’y a pas lieu de s’étonner qu’il s’impose en despote dans ce film. Notre héros ayant eu la malheureuse idée de s’acoquiner avec lui histoire d’assurer son succès, il subit de plein fouet le retour de flamme et paie au prix fort cette escapade du côté obscur de la force. Tout démarre avec l’horrible Winding On Me (titre qui figurait déjà sur la mixtape The Leak 6 de Weezy) où Lil Wayne nous fait de nouveau entendre sa voix de poignée de porte rouillée le tout agrémenté par un refrain insupportable de Ron Browz. D’autres titres du même acabit se succèdent telle une litanie de versets sataniques consacrant l’égarement définitif de Joey le gangster. On ne sait quoi retenir du pitoyable One. Le refrain irritant signé Akon où les couplets consternants de médiocrité du don déchu. Mieux vous oublier ce morceau au plus vite. Pareil pour Put Ya In Da Game qui risque fort de vous faire passer dans le camp des T-Painophobes, du pathétique Aloha et surtout de l’abominable Porn Star duo des plus risibles avec la diablesse Lil’ Kim. Passons également l’incompréhensible Blackout et les peu (pas?) inspirés Okay Okay et Cupcake (déconcertant de voir Fat Joe essayer de suivre la mode sudiste). On était tout de même en droit d’attendre quelques titres rappelant que Joey Crack est tout de même un pur produit de l’école new-yorkaise. Malheureusement sur un Joey Don’t Do It
sans éclat pour redresser la barre. Congratulations est un peu mieux mais reste largement en deçà de ses possibilités. Mais Joe peut tout de même compter sur un excellent Ice Cream duo avec Raekwon rehaussé par une très bonne production de T-Weed et sur le morceau final Music qui s’il n’est pas son meilleur apparait comme une véritable bombe au vu de l’insipidité de l’ensemble (Le Gros Joe n’est plus qu’un poids microbe, au grand dam de ses fans).
Voici que revient la lumière. Et non nous ne venons pas de voir un film mais bien d’écouter l’ultime album de Fat Joe. On se sent un tantinet plus rassuré de constater qu’on n’a en fait jamais quitté notre domicile et qu’on s’est endormi en pleine audition de cet album soporifique. On sourit en se disant qu’on pourra toujours le conserver comme somnifère ou encore comme vomitif. Qu’importe que notre poids lourd s’enlise définitivement dans les tréfonds du pathétique. Qu’importe qu’on fasse partie des rares personnes à avoir perdu leur temps et argent avec ce disque qu’on attendait comme une éventuelle résurrection. Fat Joe avait touché le fond avec The Elephant In The Room, il vient de creuser encore plus bas avec ce bâton de dynamite. Peu probable qu’il survive à l’éboulement provoqué par cette explosion vu qu’il persiste dans ses errements. Le rap game vient définitivement de perdre un de ses soldats les plus prometteurs. R.I.P. Joe. Dommage que tu nous aies laissé cet album infect comme ultime héritage.

7/20

Tracklist:

1 Winding On Me (Featuring Lil Wayne & Ron Browz) [Produced by Ron Browz]
2 Joey Don’t Do It [Produced by DJ Infamous]
3 One (Featuring Akon) [Produced by The Inkredibles]
4 Aloha (Featuring Pleasure P & Rico Love) [Produced by Rico Love]
5 Put Ya In Da Game (Featuring T-Pain & OZ) [Produced by Schife & OhZee]
6 Congratulations (Featuring Rico Love & T.A.) [Produced by Eric Hudson]
7 Porn Star (Featuring Lil Kim) [Produced by Jim Jonsin]
8 Cupcake (Featuring Benisour) [Produced by Schife & OhZee]
9 Ice Cream (Featuring Raekwon & T.A.) [Produced by T-Weed]
10 Okay Okay [Produced by Andrews « Drew » Correa]
11 Blackout (Featuring Swizz Beatz & Rob Cash of KAR) [Produced by Swizz Beatz]
12 Music (Featuring Cherlise) [Produced by DJ Infamous and Slick]

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