Oxmo Puccino – L’amour est mort
2001
Time Bomb/ Delabel
Production:DJ Sek, Oxmo Puccino,DJ Mars
Deuxième disque pour le black mafioso (ce concept n’est pas présent dans l’album) de Danube. Présenté comme une véritable bouse dans le microcosme hip-hopique de l’époque, cet album fut malheureusement un échec commercial et failli même éloigner Mr OX de la musique pour de bon. Bien sûr, ce projet ne ravira pas les amateurs de flows qui percutent (!) et encore moins les adeptes de hardcore violent à souhait. Il importe cependant de dépasser ce type d’a priori pour apprécier ce disque à sa juste valeur. Oxmo nous a tout simplement livré un bon album. Il a réussi le tour de force de ne pas nous offrir un de ces nombreux succédanés d’albums Américains comme tant d’autres. Le disque est placé sous le signe de la prise de risque. La bande-son sort des sentiers battus et offre une réelle fraîcheur par son unicité. Et que dire des textes, un pur moment de poésie moderne avec un florilège de constatations, ce qui en fait un album incroyablement humain. Une preuve que l’engagement peut prendre diverses formes. L’universalité des thématiques en font un album à portée universelle et quasiment intemporel.
L’album démarre avec une intro vite digérée avant le plat de résistance. Quand j’arrive… met direct une grosse claque. Demain peut-être s’aventure presque dans le chant et donne direct le ton de cet album. On réalise alors qu’on aura affaire à des morceaux que d’aucun jugeraient expérimentaux, mais lyricalement très aboutis, tant dans le fond que la forme. Cet état des lieux de notre société moderne, plus vrai que le travail des soi-disant rappeurs conscients, prend direct au cerveau et apparaît comme un des hauts faits du disque. Un interlude plus tard et une ribambelle de tueries prennent le relais ( Le Tango des belles dames, le cultissime J’ai mal au mic, le cours de story-telling Boule de neige 2001, l’excellent Le laid, l’entraînant Ghettos du monde). Autant de titres qui nous entraînent dans des voies encore inexplorées dans le rap (en) français. Les titres suivants se succèdent avec la même impression jusqu’à Balance la sauce qui est peut-être plus classique que le reste du disque, mais semble un ton en dessous. Ce moment de faiblesse n’est cependant que passager et la fin de l’album le confirme. De Guerilla à Impasse désillusion , le morceau caché, on a droit à de nouveaux bangers à la sauce OXMO. Même les rares invités se mettent au diapason à l’image d’Intouchable sur le très bon Les raisons du crime et Dany Dan sur le terrible A ton enterrement. Le Célèbre Bauza se distingue lui aussi sur Premier Suicide (Un titre déjà présent sur une compil Hostile deux ans plus tôt) tout comme S.Kiv sur Antidiplomate où Ox nous gratifie d’un nouveau flow. Même la présence de Keity Slake ne fait pas tâche, Fais le pour moi permet à Ox d’accélérer son phrasé et ne tombe pas dans le cliché guimauve.
Le tout de ce long projet (22 plages plus un titre caché) baigne dans une atmosphère que d’aucuns jugeraient mortifère, mais je parlerai plutôt de réalisme, voire de fatalisme. Cette soundtrack de la vie moderne (écoutez Mines de cristal) a le mérite d’être un véritable travail d’artiste. Vrai sans être vulgaire, décalé sans sombrer dans la facilité, engagé sans tomber dans les clichés, ce disque est tout simplement brillant (les textes sont de pures merveilles poétiques) et en avance sur son temps (on notera qu’Oxmo y inaugure un phrasé parfois chantonné). Du rap qui pour une fois se soustrait aux standards Américains. Du grand art.
18/20
Partagez ce contenu :


Laisser un commentaire