Les Portland Jail Blazers ou l’art de la controverse
En dépit d’un titre de champion glané en 1977, d’un statut d’éternel outsider et bien qu’ayant compté nombre de joueurs de talent dans son histoire (Bill Walton, Clyde Drexler, Otto Porter, Scottie Pippen, Arvydas Sabonis…), les Portland Trail Blazers n’arrivent pas à se départir du statut de Franchise moquée. Pointée du doigt pour ses infortunes lors des drafts (Bide de Martin LaRue, choix de Sam Bowie au détriment de Michael Jordan, blessures récurrentes de Brandon Roy et Greg Oden…) et sa politique de recrutement bling-bling à la fin des années 90 (Merci le portefeuille de Paul Allen, le propriétaire), la Franchise de l’Oregon traîne encore comme un boulet la période la plus sombre de son histoire (sauf au strict plan sportif): celle des Jail Blazers.
Rappel des faits. En 2000, les Blazers restent sur deux finales de conférence perdues. Le General Manager Bob Whitsitt décide de rafraîchir son effectif et s’attache les services de joueurs aussi caractériels que talentueux. Cette équipe deviendra vite coutumière des controverses et fera plus parler d’elle pour les déboires extra-sportifs de ses membres que pour ses performances sur le playground. De 2000 à 2005, cette bande de joyeux détraqués fera les choux gras de la presse à scandales et sera l’incarnation de ce que la NBA a de plus détestable comme le montre le panorama qui suit.

Shawn Kemp
Lorsqu’en 2000 Bob Whitsitt fait venir Shawn Kemp à Portland, tout le monde se dit que ce trade marquera le renouveau du Reign Man. Et pourtant ce dernier est déjà au crépuscule de sa carrière. Miné par des problèmes d’alcool et de drogues, en surpoids et démotivé, Kemp ne donnera jamais satisfaction. Il traînera sa grande carcasse sur le parquet du Rose Garden sans retrouver le lustre des années Sonics. Sa première saison sera écourtée par un départ en cure de désintoxication pour soigner son addiction à la cocaïne. De retour la saison suivante, il ne convaincra pas davantage et sera finalement libéré à la fin de la saison 2001-2002.

Ruben Patterson
Le délinquant sexuel de service. En 2001, il plaida coupable pour avoir tenté de violer la baby-sitter de ses enfants (faits survenus en septembre 2000) et fut dès lors contraint de se faire enregistrer sur la liste des délinquants sexuels de la plupart des états à chaque nouveau déménagement. En février 2001, il fut condamné pour agression sur un homme qui avait rayé sa voiture à Cleveland. Plus tard, Patterson fut arrêté en novembre 2002 pour violences conjugales sur sa femme. La plainte sera ensuite retirée mais son épouse demandera le divorce dans la foulée.
Le franc-parler et l’irascibilité de Patterson lui attireront également des ennuis dans l’équipe. Lors d’un entraînement, Zach Randolph et lui en viennent aux mains. Plusieurs jours après l’incident, Randolph vivra caché chez Dale Davis (pivot de l’équipe), craignant que Patterson ne lui tire dessus pour se venger de l’avoir frappé. Il sera envoyé chez les Denver Nuggets durant la saison 2006 après une algarade avec son coach d’alors, Nate McMillan.

Zach Randolph
Drafté par les Blazers en 2001, Z-Bo flirtera lui aussi avec la ligne jaune. En mai 2002, il est soupçonné de s’être procuré de l’alcool alors qu’il était mineur et se rend coupable de conduite en état d’ébriété. En avril 2003, il se bat contre Ruben Patterson à l’entraînement, lui assénant un coup de poing qui lui brisera l’un de ses orbites. En outre, Zach Randolph était soupçonné par la police d’avoir des liens avec des gangsters et autres trafiquants de drogue qu’il aurait même accueilli dans sa demeure. Depuis le MIP 2004, s’est racheté une conduite et, après des passages aux Knicks et aux Clippers, fait le bonheur des Memphis Grizzlies depuis 2009.

Damon Stoudamire
Le toxicomane de service. Le rookie de l’année 1996 fut à maintes reprises épinglé pour consommation de marijuana. En novembre 2002, alors qu’il revient de Seattle avec son coéquipier Rasheed Wallace, le hummer au bord duquel ils ont pris place se fait arrêter pour excès de vitesse. Les tests d’ébriété révèlent que les deux joueurs ont consommé de l’herbe. Les charges seront certes abandonnées mais ce ne sera que partie remise pour Stoudamire. Un peu plus tôt dans l’année, il avait déjà eu des soucis du même ordre après que la police eut trouvé un sac de marie-jeanne à son domicile. En juillet 2003, il se fait arrêter dans un aéroport de l’Arizona après qu’on l’ait découvert en possession de marijuana dissimulée dans du papier aluminium. Il sera suspendu par son équipe trois mois durant, s’acquittera d’une amende de 250.000 $ et aura l’obligation de suivre une cure de désintoxication.

Qyntel Woods
Drafté par les Blazers en 2002, Qyntel Woods ne mettra pas longtemps à se mettre au diapason de cette équipe de cas sociaux. En février 2003, il est interpellé pour un excès de vitesse. Il en ressort que Woods conduisait sans permis, sans assurance et sous l’influence de la marijuana. Le pire est cependant à venir vu que lors de la saison 2004-2005, il est arrêté pour violences sur des animaux domestiques. Woods organisait en effet des combats de chiens à son domicile. Il plaida coupable et écopa de 80 heures de travaux d’intérêt général ainsi que d’une amende de 10.000 $ qu’il reversa à l’Oregon Humane Society. Ses deux pitbulls, Hollywood et Sugar, lui furent également confisqués. Poussé vers la sortie suite à cette sombre affaire, il rejoindra le Miami Heat début 2005.

Rasheed Wallace
Le Sheed fut incontestablement le joueur-phare de l’équipe durant cette période trouble. Si son talent n’a jamais été remis en cause durant ses années Blazers, on ne peut en dire autant pour son attitude. Impulsif et batailleur, il deviendra le roi des fautes techniques (38 puis 40 fautes l’année suivante, record toujours non-égalé). En outre, il menacera un arbitre, Tim Donaghy, après un match en 2003. Suite à cet incident, il écopera de sept matchs de suspension, soit la plus longue suspension de l’époque n’incluant ni violence ni usage de substances illicites. Il faut également rappeler qu’en novembre 2002, il s’était fait prendre sous influence de marijuana en compagnie de son coéquipier Damon Stoudamire. En 2004, le caractériel intérieur sera envoyé chez les Atlanta Hawks. Il n’y jouera qu’un match avant d’être de nouveau tradé aux Detroit Pistons. Un transfert qui lui permettra de décrocher le titre en fin de saison avec la Franchise de Motor City.

Bonzi Wells
Contrairement à la plupart de ses coéquipiers Bonzi Wells n’a pas eu maille à partir avec la justice. C’est son attitude arrogante qui lui est reprochée. Interrogé par le magazine Sports Illustrated en 2002, il tient des propos particulièrement méprisants envers les fans des Blazers:
“Nous ne nous soucions pas vraiment de ce qu’ils (les fans) pensent de nous. Ils ne comptent pas vraiment pour nous. Ils peuvent nous huer tous les jours mais ils viendront quand même nous demander des autographes s’ils nous voient dans la rue. C’est pourquoi ils sont les fans et nous les joueurs NBA ».
Cette déclaration incendiaire ne sera pas du goût des dirigeants de la Franchise qui infligeront une amende de 50.000 $ à Bonzi Wells. Dès l’année suivante, il adressera un doigt d’honneur à un fan suite à une défaite contre les Sixers. Il perdra également son statut de vice-capitaine pour avoir publiquement proféré des insultes à l’encontre de son coach.

Anecdotes de vestiaire
Il importe de rappeler que certaines affaires sont à l’époque restées cantonnées au vestiaire. John Canzano, journaliste à The Oregonian, a révélé quelques anecdotes hallucinantes:
Dès que les Blazers signaient un joueur pour un contrat de 10 jours, le responsable d’équipement lui offrait un bagage comme cadeau de bienvenue. Donc, quand Omar Cook avait été signé en 2004, le bagage avait été placé devant son box au vestiaire. Cook n’était pas encore arrivé car il était en vol. A ce moment là, Ruben Patterson, qui avait vu le bagage, décida de prendre ce dernier, d’enlever le nom qui était dessus et de le garder. Personne n’a rien dit. Il n’y a rien de violent là dedans, mais ça démontre le manque de décence et de respect qui existait.
Le même Canzano sera menacé par Rasheed Wallace en 2003 à l’issue d’une houleuse défaite en playoffs contre les Dallas Mavericks:
J’étais dans le vestiaire visiteur à Dallas. Rasheed Wallace a menacé de m’en mettre une après une défaite en Playoffs. J’étais le seul journaliste dans le vestiaire, et je lui posais des questions. Il m’a dit de m’enlever de son espace sous peine de me prendre un coup de poing. Tous ses coéquipiers regardaient pour voir comment je réagirais. Il était hors de question que je fasse marche arrière. […] Donc je lui dis que je ne bouge pas. Je suis resté debout en tenant mon bloc-notes et mon enregistreur, et on a commencé à se regarder fixement les yeux dans les yeux. Finalement, il m’évite brusquement pour aller se doucher, et pendant ce temps, il y a Zach Randolph, rookie à l’époque, qui vient vers moi et me dit ‘Quand ‘Sheed revient, soit sûr de ne pas lui tourner le dos, parce qu’il va te mettre un coup bas’.

Conséquences
Paradoxalement le bilan sportif reste positif avec des qualifications régulières pour les playoffs, mais les Jail Blazers deviendront la tête de turc de la ligue. Boudés par leur propre public en dépit de résultats plus que satisfaisants (ils tournaient à près de 50 victoires par saison),les Jail Blazers ne font pas recette. Lentement les travées du Rose Garden se vident, les habitants de la ville ne se reconnaissant pas dans la mentalité de cette équipe, beaucoup trop sulfureuse pour une localité réputée tranquille.
Constatant la désaffection du public, les dirigeants décideront de faire le ménage à compter de l’intersaison 2003, histoire de restaurer l’image de la Franchise. Whitsitt se retire pour se focaliser sur les Seattle Seahawks, équipe de football américain appartenant également à Paul Allen. Il est remplacé par John Nash qui récupère le poste de General Manager. Steve Patterson devient quant à lui président des Blazers. Le duo va s’appliquer à redorer l’image complètement détériorée de la Franchise. Bonzi Wells est envoyé chez les Memphis Grizzlies, Rasheed Wallace est expédié à Atlanta, Damon Stoudamire est laissé libre à la fin de son contrat et Jeff McInnis est transféré à Cleveland plus tard.
Si l’opération d’assainissement du vestiaire est un succès, quand bien même certains des joueurs à problèmes sont encore dans l’effectif, sportivement les choses tournent au vinaigre. Après 21 qualifications consécutives en playoffs, les Blazers loupent la post-season en 2004. L’équipe mettra du temps à redevenir une des places fortes de la ligue et devra attendre la saison 2007-2008 pour enregistrer plus de 40 victoires. Lors de la saison suivante, elle retrouva les playoffs pour la première fois depuis 2003.
Partagez ce contenu :



Laisser un commentaire