Balotelli ou l’art de se faire détester
Acteur majeur de la récente humiliation de Manchester United lors du derby mancunien, Mario Balotelli a encore fait parlé de lui. Au-delà de son match en tous points remarquables, c’est surtout l’inscription du T-Shirt qu’il a exhibé après avoir ouvert la marque qui marquera ce derby. Réponse d’un joueur aussi exubérant que talentueux, ce « Why Always Me? » donnera certainement encore plus de grain à moudre pour ses détracteurs. Il faut dire que depuis ses débuts, l’attaquant Italien cultive les controverses au point de faire partie du haut du panier des joueurs les plus détestés de ces dernières années. Petit retour sur les frasques du Signor Mario.
Formé à l’Inter de Milan, ce fils d’immigrés Ghanéens adopté par une famille Italienne à l’âge de trois ans fut longtemps présenté comme un grand espoir du football transalpin. Star des équipes de jeunes, il fera ses débuts en équipe première à seulement 17 ans. S’il a fait montre d’un talent hors du commun dès ses premières apparitions, son comportement arrogant et ses écarts de conduite et de langage lui vaudront rapidement d’être la cible de nombreuses critiques. Ses nombreuses provocations à l’encontre du public ne feront que renforcer l’animosité nourrie à son endroit par les supporters tant adverses que de son propre camp. Sa volonté affichée de jouer pour l’Italie au détriment du Ghana qui l’avait pourtant contacté ne sera pas non plus bien perçue déclenchant pas mal d’incidents à son sujet. Conspué, sifflé, victime de cris de singes, cible de chants racistes, il fera tout sauf le dos rond et se donnera en spectacle durant toute sa période intériste, intimant aux supporters de se taire, empilant les déclarations arrogantes et faisant preuve d’une suffisance déconcertante qui lui vaudra d’être critiqué par ses propres partenaires. Aussi lunatique que ses coupes de cheveux sont sobres, il s’attirera les foudres des fans de l’Inter en déclarant être acquis à la cause du grand rival le Milan AC. Pis, il se pointera même vêtu du maillot rossonero lors d’un show télévisé et n’hésitera pas à assister à des matchs de l’équipe chère à Silvio Berlusconi, affichant sa volonté de vouloir jouer pour ce club. Sur le terrain et dans le vestiaire son comportement agace. Le colosse attaquant joue à l’économie, ne respecte pas les consignes, choisi ses matchs, répugne à défendre et à passer les ballons… Il se brouille avec les cadres du vestiaire et son entraîneur José Mourinho l’exclut même de l’équipe première en janvier 2009. En 2010, il jettera son maillot au sol après un match de demi-finale de Champions League contre Barcelone. Un acte qui précipitera son départ pour Manchester City.
Vomi à Milan, c’est donc chez les nouveaux riches mancuniens qu’il trouvera asile, retrouvant au passage l’entraîneur qui lui donna sa chance en équipe première: Roberto Mancini. Ici encore les débuts seront difficiles. Blessé d’entrée, il ne parviendra jamais à s’imposer comme titulaire indiscutable et continuera ses frasques sur et en dehors du terrain. Peu impliqué, souvent averti, adepte des dérapages verbaux en interview et dans le quotidien il s’illustrera de nouveau de façon négative en sélection italienne en emportant son ipad sur le banc de touche d’un match qualificatif pour l’EURO 2012 face aux Iles Féroé. Il s’en ira également rendre visite à la Camora Napolitaine (ce qui lui vaudra ensuite de devoir se justifier devant les tribunaux transalpins), s’en prendra aux jeunes du club à coups de fléchettes et accumulera pas moins de 27 contraventions. De plus, il se déclarera être mal dans sa peau à Manchester et son retour dans la botte (à Palermo puis à Napoli) sera même évoqué. Ses coéquipiers ont de plus en plus de mal à supporter ce trublion au physique de déménageur qui ne brille que par intermittences sur la pelouse. Son entraîneur même lui adressera des piques: « Parfois, sur le terrain il ne réfléchit pas. Un jour il grandira. Je le connaissais quand il avait 17 ans, et il est pire aujourd’hui. » . Dernière connerie en date, l’incendie de sa maison consécutif à l’usage de feux d’artifices…dans sa salle de bains. Et ce juste avant le match au sommet contre United.
Et pourtant l’attaquant italien à tout pour devenir un grand joueur, du moment qu’il accepte de se discipliner. Capable du meilleur comme (les mauvaises langues diront surtout) du pire, il n’en demeure pas moins un attaquant formidable capable d’exploits retentissants à l’image de ce doublé lors du récent derby. Cependant sa conduite immature confinant par moments la déficience mentale ne fait qu’aggraver les inimitiés à son encontre. Marquera t-il le foot par autre chose que ses écarts de conduite? Peut-être. En attendant il continuera à faire l’objet d’attentes légitimes vu son talent et accessoirement à cristalliser toutes les railleries. Après tout sur le terrain de la provocation au moins il se sera imposé pour longtemps.
Partagez ce contenu :




2 comments