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Girlfriend Experience

Girlfriend-Experience Girlfriend Experience

Pour être tout à fait franc avant de me retrouver à m’ennuyer seul chez moi ce soir je n’avais jamais entendu parler, d’aucune manière que ce soit de ce film. Même le visionnage rapide du casting n’a pas suffit à me séduire. Bien sur j’ai entr’aperçu le nom de Sasha Grey dans le rôle principal mais sans avoir plus envie que ça de voir le film. Ça en fera bondir peut-être ceux qui ont certainement choisi de ne voir le film que pour cette actrice mais je ne connaissais même pas de nom l’actrice en question. J’ai beau avoir consommer énormément de films pornographiques et trainer sur des sites spécialisés (un peu comme tout le monde), il  ne m’est jamais arrivé de voir le moindre de ses films. Certainement parce qu’ils sont rangés dans un genre qui ne m’intéresse pas, mais qu’importe. Le fait est que je l’ai réellement découverte dans Girlfriend Experience et le fait d’avoir appréhender ce film sans connaitre son passif de star du cinéma X m’a peut-être finalement rendu le visionnage plus agréable, surtout que pour les parties fines il faudra repasser.

Girlfriend Experience marque donc les grands débuts de Sasha Grey dans le cinéma disons « classique ». Pour sa première on ne peut dire qu’elle campe un role aux antipodes de sa réputation vu qu’elle incarne un escort-girl new-yorkaise. N’allez cependant pas croire que question érotisme vous serez servi. Le réalisateur a en effet pris le parti de privilégier l’intrigue au détriment d’un déluge d’images survitaminées. Très peu de scènes de nu, aucune de rapport sexuel et surtout une trame qui si elle s’avère a priori déroutante s’avère bien choisie une fois le générique de fin lancé. Je ne me rappelle pas avoir vu une actrice de risque aussi crédible dans un film classique sans jouer un role caricatural. On est loin ici du personnage de la travailleuse du sexe nymphomane ou de l’écervelée de service. Sasha Grey se montre plutôt bonne actrice, livrant une performance de très bonne tenue et donnat toute sa dimension à ce personnage fragile et en définitive tout ce qu’il y a de plus humain. On se prend à éprouver de la compassion pour Chelsea, son personnage, tiraillée par ses propres démons et une lutte en filigrane entre l’être et le paraitre, le tout sur fond de crise économique (rappelons  que le film a été tourné en 2008). L’histoire de cette escort désireuse d’améliorer sa visibilité sur la toile s’avère finalement n’être qu’un prétexte pour évoquer nombre de questions bien plus sérieuses. L’économie et la politique sont ainsi abordées de façon si récurrentes qu’on réalise vite que le thème principal du film n’est pas nécessairement celui qu’on croit. De la récession et son cortège de précarités financières aux élections pour le 44e président américain, tout y passe. Son petit ami Chris symbolise d’ailleurs parfaitement cet état de fait, lui qui éprouve les pires difficultés à arrondir ses fins de mois. Sans compter que les riches clients de Chelsea n’arrêtent pas d’évoquer la crise financière naissante, à faire part de leurs inquiétudes à ce sujet.

L’économie n’est heureusement pas le seul sujet à retenir l’attention. Les relations de couple, le statut social des travailleurs du sexe et les acteurs d’internet font également l’objet d’un traitement plus ou moins explicite. Je vous épargne les détails, histoire de ne pas vous gâcher le visionnage avec des spoils dont vous vous passerez bien. Montrer que la vie d’une escort ne se résume pas qu’à une passe était une excellente initiative, surtout quand on connait la célérité que l’on a à les ranger dans la case personne de mauvaise vie. On nous présente des personnes avec leurs propres doutes, sensibles, fragiles et bien moins sures d’elles qu’elles ne le montrent ou le laisse supposer. L’escort est tout simplement une femme comme toutes les autres et non l’objet de plaisir que les conventions sociales s’évertuent à présenter. Une femme qui est tout autant à l’écoute de ses clients  qu’un psychiatre, une vision qui vient mettre quelques coups de hache dans le cliché de la jeune fille cupide et superficielle que beaucoup trop de gens ont.

Au plan de la technique du shooting je ne suis pas particulièrement fans des plans très éloignés, mais il s’avèrent plutôt bien utilisés à mon sens. Le choix de subdiviser le film en micro-séquences rangées de façon aléatoire au montage est tout aussi salutaire. Tourné de façon linéaire, il n’est pas sur que ce film ne finirait pas par ennuyer. Bien évidemment cette technique narrative pourrait dérouter les téléspectateurs peu familiers de ce type de procédé qui exige la concentration et l’attention la plus totale pour parfaitement comprendre l’intrigue. Les pièces du puzzle finissent heureusement par se ranger assez facilement à la fin.

En définitive ce film m’a plutôt bien plu, bien que n’étant pas particulièrement fan des drames psychologiques. Steven Soderbergh réussi à nous bâtir une fresque très représentative de la vie des marginaux et des chamboulements économiques qui minent l’Amérique en cette fin de décennie. Pas le film de l’année mais un long-métrage qui satisfera les amateurs du genre. Quand à Sasha Grey j’espère franchement qu’elle jouera de nouveau un rôle aussi touchant. Une preuve qu’on peut venir du cinéma X (considéré de façon un peu abusive comme la décharge du septième art) et être à même de camper un personnage très complexe.

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