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Rien de très Net

S’il y a bien un secteur sur lequel mon pays a un énorme retard à combler, c’est bien celui des nouvelles technologies de l’information et de la communication. J’en vois déjà qui froncent les sourcils et se raclent la gorge, prêts à me balancer que la Côte d’Ivoire n’est pas à plaindre sur ce plan et que les services proposés sont de qualité comparativement à ce qui à court dans bien d’autres pays. Argument recevable oui, mais il convient tout de même de constater que l’offre est encore loin de répondre conséquemment aux exigences de la demande et que le secteur en lui-même peine à se rendre indispensable. Il serait cependant hypocrite de trop noircir le tableau. Quelques avancées ont tout de même été réalisées ces dernières années. Les principaux opérateurs de téléphonie mobile proposent désormais leurs clés-internet et autres « boxs » (Vous noterez l’usage des guillemets. Il faut dire que cette dénomination s’avère un tantinet pompeuse quand on sait les limites des services proposés). En outre le quasi-monopole d’Aviso sur le marché de l’ADSL tend à s’effriter avec l’arrivée de concurrents aux tarifs plus compétitifs, mais encore incapables de couvrir l’ensemble du territoire national. Rien que dans la seule ville d’Abidjan, qui pourtant cristallise toute la politique commerciale des fournisseurs d’accès internet, on est plus ou moins lotis selon sa zone de résidence. Ainsi ceux qui comme moi ont le malheur d’habiter à Yopougon (Ceux qui parmi vous ont suivi de prêt le déroulement de la crise post-électorale sauront que le qualificatif est loin d’être exagéré) se retrouvent le plus souvent mis en difficulté. Pendant longtemps la zone n’était couverte que par les seuls services d’Aviso, de sorte qu’il était littéralement impossible de souscrire un abonnement ailleurs (j’en ai fait l’expérience). Sans oublier que la taille et la situation géographique de la commune rendent bien plus difficile la fourniture internet. A ce titre nous fûmes parmi les derniers à recevoir la wifi et les connexions sans fil via les clés étaient jusqu’à une époque très récentes plus qu’aléatoires dans la commune. Et encore je ne parle pas des nombreuses lenteurs, tant dans les démarches administratives pour l’installation que pour la réactivité du service, avec lesquelles il faut composer. Mais ne pouvant me résoudre à rester sans net, vu que toute mon activité professionnelle en dépend, j’ai été bien obligé de renouveler mon abonnement alors que je m’étais juré de le faire résilier durant mon exil forcé.

Vous l’aurez donc compris je suis un abonné d’Aviso le principal fournisseur ADSL du pays et le seul du genre à couvrir l’essentiel du territoire. Si durant les cinq années qu’ont duré mon bail avec la firme je n’ai que rarement eu l’occasion de me plaindre (en dépit d’un tarif toujours trop onéreux et de services annexes pas franchement utiles), ce n’est malheureusement plus le cas ces derniers mois. Bien entendu la guerre est passée par là et les installations ont été en grande partie endommagées lors des combats, suspendant la fourniture internet à toute la commune durant plus d’un mois. Une situation qui a fait le lit de la concurrence, notamment MTN qui en a profité pour récupérer quelques clients supplémentaires vu que cet opérateur fut l’un des premiers à rétablir la distribution internet dans ce quartier sinistré. J’ai moi-même cédé à l’offre de la firme jaune. Si la vitesse de navigation est somme toute confortable, surtout pour un support comme une clé, il n’en est pas de même pour le tarif qui est ruineux pour quelqu’un qui, comme moi, utilise le web de façon intensive. L’option des forfaits montre vite ses limites dans ce cas et la formule illimité revient quasiment au double du tarif proposé par Aviso (lequel est déjà en dessous de l’offre plus concurrentielle de VIPNET par exemple). Pas de quoi motiver à changer de prestataire de services. Ayant eu la chance d’être dans une des zones les moins touchées par les combats de toute la commune, je fus l’un des premiers à voir ma ligne rétablie, sauf qu’au préalable je dus d’abord m’acquitter des frais de renouvellement de ligne. De plus il fallu encore que j’appelle le service client (à mes frais et au prix fort) pour me plaindre de la lenteur de la connexion pour qu’elle soit enfin utilisable. Je pensais donc un peu naïvement je vous l’accorde que tous mes problèmes étaient réglés. Ce dimanche viendra cependant me donner tort.

Ce jour-là j’avais passé l’essentiel de ma journée sur la toile. Le seul constat que j’ai eu à faire était la subite lenteur de la navigation. Les heures passant ça ne faisait que s’empirer au point de vite devenir vraiment embêtant. Dès la fin de soirée les ennuis ont démarré. Impossible de poster quoi que ce soit sur un blog, d’ouvrir la moindre page sans la réactualiser au moins trois fois et de consulter les résultats d’une recherche sans passer en mode lo-fi. Passablement agacé par ce ralentissement digne de la résolution du conflit israélo-arabe, je me suis donc résolu à prendre mon mal en patience en installant mon nouvel antivirus (les mises à niveau de la base virale se sont d’ailleurs déroulées à une allure de limace asthmatique) avant de finir ma soirée devant un film vu quatre cents fois au moins. Ce matin j’espérais que tout reviendrait à la normale et là rebelote. Même dans une course d’avirons je ne suis pas sur que ça rame autant. Les pages s’affichent à la vitesse d’un paresseux sous codéine, la fréquence d’utilisation du bouton d’actualisation est passée au décuple voire au quindécuple et le pire dans tout ça est que les flux sont tout ce qu’il y a de plus normal, pile ce qu’il faut pour venir à bout de toute patience. Excédé je me décide donc à prendre de nouveau contact avec le service client, mais cette fois je préfère laisser la parole à ma sœur cadette, elle aussi très remontée par cette situation. Résultat une attente qui lui fera définitivement oublier sa sieste, une conversation plutôt conviviale avec l’opérateur en ligne (au moins ils restent polis, c’est déjà ça) et l’assurance que le problème sera résolu le plus rapidement possible. Pas de quoi rassurer cependant vu que le conseiller-client s’est cru obligé de préciser que 80% des abonnés du quartier n’avaient pas vu leur net rétabli. En d’autres termes : « vous aurez du bol si tout remarche nickel mes cocos ».   Message reçu. Au moins Youtube a pu afficher trois misérables pages après plus d’un quart d’heure de lutte acharnée avec le démon de la page blanche, Yahoo Mail a pu s’ouvrir juste pour que je puisse répondre à un mail avant de reprendre son aspect de page immaculée et Google Search s’est fait le plaisir d’afficher les résultats des recherches sans pour autant me laisser y avoir accès. De plus il fallait batailler sur pas moins de trois navigateurs pour voir enfin s’ouvrir une page. En y repensant je me dis que j’aurais certainement dû jouer à un jeu plutôt que de passer mon après-midi à appuyer frénétiquement sur le bouton d’actualisation, l’enfer pour un blogueur. Reste à espérer que tout rentre dans l’ordre les jours suivants (en même temps c’est tout ce qui me reste vu l’état de désolation dans lequel se trouve la commune à l’heure actuelle) pour que je puisse au moins publié ce billet. Ainsi va l’accès à internet dans cette commune merdique. Une preuve de plus qu’à Yopougon il n’y a jamais rien de net.

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