Jay-Z – The Blueprint
Sortie: 11 Septembre 2001
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, Just Blaze, Timbaland, Bink!, Eminem, Poke & Tone
11 Septembre 2001. L’un des jours les plus sombres de l’histoire contemporaine. Alors que deux avions percutaient les tours jumelles du World Trade Center, provoquant leur effondrement et la tragédie que l’on sait, un autre monument s’édifiait discrètement ce jour-là: The Blueprint de Jay-Z. Tel les deux aéronefs, ce disque percute le rap game de plein fouet, l’ébranle jusque dans ses plus solides fondations et instaure définitivement un nouvel ordre rapologique, réveillant au passage de vieux soldats endormis sur leurs lauriers depuis bien trop longtemps.
Pour mener à bien son projet de putsch hip-hopique, Mr Carter s’entoure d’une équipe réduite d’artificiers ayant déjà fait leurs preuves sur l’album The Dynasty. Un commando de qualité se charge donc de la réalisation de cette arme de destruction massive. Parmi eux trois chimistes jusqu’alors discrets dans le milieu se révèlent définitivement en fabricant douze des quinze ogives nucléaires qui composeront cet annihilateur ultime. Premier scientifique à briller dans ce trio majeur, un obscur laborantin de 24 ans: Kanye West. Fort d’une première expérience réussie pour l’opus précédent, il est promu directeur de laboratoire sur celui-ci et ne déçoit pas. Ses ingrédients: des échantillons de soul 70s minutieusement travaillés au point qu’on peine à croire qu’il s’agit réellement de samples. On a vraiment le sentiment d’entendre David Ruffin et le Bobby Blue Band accompagné pour de vrai Hova sur les massifs Never Change et Heart Of The City. Il triture également l’ultra-connu I Want You Back des Jackson 5 qui couplé aux rimes destructrices du général Jay donne un hit aussi monumental que l’association des composants le laissait entrevoir. Mais c’est sur le sulfureux Takeover que nos deux assassins sortent l’arme lourde. Un sample enragé des Doors relayé par un autre de KRS-One au refrain et des lyrics de feu font de cette diss-track mythique un véritable brûlot sur lequel Prodigy et Nas se font canarder sans retenue. Ce titre devenu l’un des points culminants de la guerre Jay-Z/Nas entre dans l’histoire du rap en dépit d’un texte haineux et pas franchement brillant (en même temps la finesse lyricale n’est pas la caractéristique majeure des beefs). Kanye remet ça avec un titre caché Girls, Girls, Girls (Part 2) et rend une copie impeccable qui l’installera définitivement au panthéon des meilleurs producteurs de ce siècle.
Deuxième savant fou convié, le génial Just Blaze devenu après sa participation à ce coup d’état phonique l’un des producteurs les plus pompés de cette décennie. Il relève sa mixture avec un ingrédient imparable depuis devenu sa marque de fabrique: la voix pitchée. Une particularité majestueusement mise en pratique sur le surpuissant U Don’t Know, missile barbelé sur lequel Jigga glisse des rimes qui laissent la concurrence sur le cul. Il se fait plus posé sur deux autres pépites: le triste Song Cry et l’accrocheur Girls, Girls, Girls les innervant de voix soul féminines. Une combinaison gagnante sur laquelle le flow de Jay glisse à la perfection et qui se repend comme l’anthrax dans le monde des auditeurs. Just Blaze signera un dernier méfait plus discret mais tout aussi efficace: Breathe Easy, un titre cinq étoiles sur lequel Jay fait de nouveau admiré sa virtuosité flowistique et son sens de la punchline assassine.
Le troisième larron répondant au nom de Bink! n’as pas le charisme de ses collègues mais n’est jamais aussi efficace que dans cette position plus discrète. C’est même à lui qu’est revenu l’honneur de lancer l’attaque avec The Ruler’s Is Back (un titre plus qu’évocateur). Sa particularité? Une bonne dose de minimalisme pas forcement captivante au début mais qui s’avère à la longue impressionnante de qualité. Comme un signe le général se fait moins sarcastique en utilisant ses armes. All I Need en guise de glock muni d’un silencieux et Momma Loves Me comme poignard et voici Hova paré pour la réussite de son coup.
Bien évidemment on ne peut concevoir un putsch sans le renfort de quelques mercenaires de qualité. Trois seulement furent conviés. Le poseur de bombes Timbaland, vieux compagnon de route qui revient prêter main forte avec un explosif Hola Hovito. La collaboration avec les deux autres équipes s’avèrera cependant plus mitigée. Poke et son acolyte des Trackmasterz, Tone ne parviennent pas à se mettre au niveau des autres fournisseurs et livrent des munitions à l’impact limité sur Jigga That Nigga. En dehors du fait qu’elles soient utiles comme perce-blindage du grand public, rien de bien probant. La donne est différente avec le fou furieux le plus dangereux de l’Amérique, le cauchemar white-trash Eminem. Si sa présence est somme toutes plus qu’utile, il va cependant prendre l’ascendant sur son employeur en étant le seul du commando à tester son nouveau matos en pleine opération. Si Jay-Z s’arrache comme il peut et livre une performance de haut vol sur Renegade, il se fait pourtant carrément bouffer par Eminem qui l’envoie pratiquement dans les cordes avec une paire de couplets. Une baisse de régime sans conséquence sur la réussite de la mission mais plutôt embarrassante pour la suite et qui donnera du grain à moudre à ses détracteurs.
En définitive, une prise de pouvoir brillamment réussie. On pensait Jay perdu dans les méandres de l’industrie et perverti par le succès commercial. Il nous prouve avec ce nouveau classique qu’il faut encore compter avec lui et qu’il est capable de mettre d’accord à la fois la frange dure du milieu et le grand public sur un seul album. Jay-Z devient une légende du rap avec cet album et le restera pour de bons quoi qu’on en dise. Un véritable coup de maître.
19/20
Tracklist
| # | Title | Producer(s) | Samples and notes | Length |
|---|---|---|---|---|
| 1 | « The Ruler’s Back » | Bink |
|
3:50 |
| 2 | « Takeover« | Kanye West |
|
5:13 |
| 3 | « Izzo (H.O.V.A.)« | Kanye West |
|
4:01 |
| 4 | « Girls, Girls, Girls« | Just Blaze |
|
4:35 |
| 5 | « Jigga That Nigga« | Poke and Tone | 3:24 | |
| 6 | « U Don’t Know » | Just Blaze |
|
3:19 |
| 7 | « Hola’ Hovito » | Timbaland | 4:33 | |
| 8 | « Heart of the City (Ain’t No Love) » | Kanye West | 3:43 | |
| 9 | « Never Change » | Kanye West |
|
3:59 |
| 10 | « Song Cry« | Just Blaze |
|
5:04 |
| 11 | « All I Need » | Bink |
|
4:29 |
| 12 | « Renegade » (featuring Eminem) | Eminem |
|
5:38 |
| 13 | « Blueprint (Momma Loves Me) » | Bink |
|
3:41 |
| Hidden Bonus Tracks | ||||
| * | « Breathe Easy (Lyrical Exercise) » | Just Blaze |
|
3:45 |
| * | « Girls, Girls, Girls » (Part 2) | Kanye West |
|
4:14 |
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