Mos Def – The Ecstatic
Sortie: 9 Juin 2009
Label: Downtown
Producteurs: J Dilla, Mr. Flash, Madlib, Mos Def , The Neptunes, Oh No, Preservation
Absent des bacs depuis bientôt trois ans, le retour du rappeur/acteur était plus qu’attendu. Dante Smith nous avait clairement laissé sur notre faim (c’est un euphémisme) avec son précédent album au contenu aussi déplorable que son package. Un projet a vite oublier et qui a malheureusement contribué à ternir encore plus l’image de marque de ce rappeur de talent. Les réserves étaient donc nombreuses à l’annonce de la sortie de ce projet qui, comme par hasard, coïncide avec le dixième anniversaire de celle du génial Black On Both Sides. Mos Def n’a en effet jamais réussi à retrouver la formule gagnante de son premier opus. Sans doute parce qu’il a voulu innover en s’aventurant dans d’autres directions. Ce qui est tout à son honneur mais ces expériences sont très loin d’être fructueuses. Il nous a ainsi gratifié de The New Danger, essai de crossover Rap/Rock sans grand éclat, puis de l’insipide True Magic qui n’avait de vrai que la première partie de son intitulé. Mais qu’importe les réticences. On espère toujours retrouver l’excellent MC de Black On Both Sides et, avouons le, nous sommes assez curieux de savoir quelle nouvelle surprise nous réserve notre éclectique Mr Smith.
Première bonne nouvelle, le retour des frères Madlib et Oh No à la production est annoncé. On se dit tout de go avoir droit à un retour aux sources et de facto à une nouvelle tuerie, d’autant plus que des rumeurs faisant état de la présence de Kanye West ainsi que d’un leg de J Dilla achèvent de lever nos inquiétudes. La suite sera cependant moins rassurante. Le temps d’apprendre que le producteur Français Mr Flash sera de nouveau de la partie que déjà le premier extrait Life In Marvelous Times (produit par Mr Flash) débarque. Passée l’euphorie propre à l’écoute d’un nouveau titre tant attendu, le résultat s’avère peu concluant. L’instru n’est qu’un succédané d’un autre sur lequel avait précédemment posé TTC. Incroyable! De plus Mos Def ne gâte pas vraiment sa prestation. Une performance peu inspirée sur un instrumental terne, insipide et à la longue irritant. L’autre single Quiet Dog Bite Hard (produit par Preservation) est plus convaincant…si on oublie que ce titre était déjà connu (les plus perspicaces se souviennent qu’il avait déjà été interprété sur scène lors du concert de Mos Def à Paris en 2007). Heureusement que le très bon Casa Bey relève le niveau et laisse tout de même espérer une impression globalement positive, d’autant plus que la pochette, résolument arty achève notre patience.
L’album démarre plutôt bien avec un Supermagic (clin d’œil à l’album précédent?) plutôt bien tourné. Un instrumental Rock usiné par Oh No et une performance de haut vol sont au programme. On se prend à rêver d’une résurrection du Mos Def qu’on a connu il y a dix ans. Malheureusement ce début en fanfare n’est qu’un trompe-l’œil. Il faut attendre la fin de l’album pour voir Mr Smith se réveiller un tantinet sur History posé en combinaison avec Talib Kweli sur une production de J Dilla et sur le déjà cité Casa Bey. Pour le reste c’est globalement décevant.
Le gros point négatif de l’album vient des instrumentaux. Ils sont soit sans imagination (Twilight Speedball), soit pas vraiment adaptés au rappeur, et ce en dépit de sa bonne volonté. Mais le pire vient des contributions des deux frères qui firent les beaux jours de Stones Throw. La plupart de leurs instrumentaux sont déjà connus de tous ceux qui suivent un minimum leur actualité. Mos Def hérite donc de ces sons qu’on a déjà pu entendre sur des projets tels Madvillainy 2,Beat Konducta In India ou encore Oh No Experiment. On frise le foutage de gueule là! On demande un vrai album, pas une compilation de titres bootlegs! Sans compter qu’il a essayé de nous surprendre en conviant Georgia Ann Muldrow sur le titre Roses. Seul souci, l’instrumental est plus de l’acabit de ce à quoi nous on habitué Jackson et Georgia. Donc qu’il n’a été créé que pour n’être qu’une piste instrumentale sans voix. Mos réussi le tour de force de s’y adapter comme il peut mais on reste tout de même sur notre faim
Les performances microphoniques du MC de Black Star ne sont pas non plus exempts de tout reproche. Pour ceux qui n’attendait que du rap, il faudra qu’ils s’accommodent des chants de Mos, comme par exemple sur le sirupeux Workers Comp. Mais ce qui frappe le plus c’est le manque d’enthousiasme et de pêche dans son flow (la faute aux instrus?). Aux oubliettes le lyriciste fougueux du passé, il faut se contenter d’un Mos Def moins en verve mais qui a tout de même le mérite d’avoir essayé de s’adapter au maximum aux supports qui lui ont été proposés (même s’il est manifeste qu’ils ne lui correspondent pas). Ce qui n’est pas le cas des rares invités (Slick Rick toujours au top, Talib Kweli et la déjà citée Georgia Ann Muldrow) qui s’en sortent beaucoup mieux que lui.
N’allez cependant pas croire que l’album est aussi insipide que son prédécesseur. Bien que sans grand éclat, il se laisse écouter mais ne redorera pas le blason déjà bien terni de Mos Def. Dommage. Un album complètement plombé par une direction musicale douteuse et par un choix d’instrus désastreux. Les oreilles moins averties, ou plus conciliantes, pourraient cependant être charmées par l’éclectisme de l’ensemble. Gageons que le prochain Black Star sera de meilleure facture.
13/20
Tracklist:
1. Supermagic (Produced by Oh No)
2. Twilite Speedball (Produced by Chad Hugo & Mos Def)
3. Auditorium (feat Slick Rick) (Produced by Madlib)
4. Wahid (Produced by Madlib)
5. Priority (Produced by Preservation)
6. Quiet Dog (Produced by Preservation)
7. Life In Marvelous Times (Produced by Mr. Flash)
8. The Embassy (Produced by Mr. Flash)
9. No Hay Nada Mas (Produced by Preservation)
10. Pistola (Produced by Oh No)
11. Pretty Dancer (Produced by Madlib)
12. Workers Comp (Produced by Mr. Flash)
13. Revelations (Produced by Madlib)
14. Roses (feat Georgia Ann Muldrow) (Produced by Georgia Ann Muldrow)
15. History (feat Talib Kweli) (Produced by J Dilla)
16. Casa Bey (Produced by Mos Def & Preservation)
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