Kanye West-The College Dropout 18,5/20
Sortie: 10 Février 2004
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, Evidence
Révélé à la production sur This Can’t Be Life de l’album de Jay-Z The Dynasty, Kanye West n’a depuis cessé de prendre du galon au point d’être promu producteur principal du classique The Blueprint. Avec ses boucles de soul 70s plus ou moins triturées, il a ramené du sang neuf dans l’art du beatmaking qui commençait à tourner en rond. Dès lors il sera fréquemment sollicité par des artistes de divers horizons au point d’être débordé de travail et de sacrifier sa santé pour honorer les délais. Toutes choses qui finiront par l’épuiser et lui feront faire un accident de voiture dont il porte encore les séquelles. Une opération de la mâchoire plus tard et le revoici d’attaque pour délivrer une autre rafale de tubes, volant même la vedette aux Neptunes et Timbaland dans le top des beatmakers les plus « hot ». Ce que la plupart des gens ignore est que Kanye taquine aussi le micro et entend faire une carrière solo. Personne ne soupçonnera rien jusqu’à la sortie du remix du Get By de Talib Kweli (produit par lui) sur lequel il fera entendre sa voix aux côtés de celles de Busta Rhymes et Jay-Z. Loin d’être noyé par les autres figurants, il va s’inspirer de ce premier essai encourageant pour se mettre à travailler son premier album. C’est ainsi que sortira son premier single: Through The Wire, titre fort sur lequel il revient sur son accident avec émotion. En dépit d’un flow manquant de technicité, ses lyrics font mouche, tout comme le sample speedé de la voix de Chaka Kahn qui donnera tout son relief au morceau. Fort de ce succès, il parvient à convaincre ses patrons de Roc-A-Fella de lui accorder leur confiance. The College Dropout commence alors à prendre forme. Un deuxième single tout aussi percutant arrivera sur les ondes un peu plus tard, mettant dans la poche un public béat d’admiration. Slow Jamz squattera les ondes avec sa ritournelle plus soul que jamais, ses samples où l’on reconnait les voix de Ron Isley et R. Kelly entre autres et les interventions remarquables de Jamie Foxx et Twista. Kanye est enfin prêt à prendre d’assaut les bacs avec un album entièrement produit par ses soins.
Premier constat à l’écoute, les limites flowistiques de Kanye. S’il est vrai que les producteurs sont rarement brillants derrière le micro, son phrasé inspiré de celui de Jay-Z et sa voix limite nasillarde ne sont pas des plus captivants. Mais c’est aussi ce qui fait et fera sa particularité dans le rap game. Il n’est pas un technicien de la rime, il est incapable de nous sortir des phases assassines et des punchlines de choix. Il n’a pas un flow de dingue ou des lyrics multisyllabiques à vous couper le souffle. Pas vraiment le profil du client sortant des battles et forgé au Lyricist Lounge. Il est simplement lui sans grande prétention, conscient de ses faiblesses microphonique et ne cherchant en aucun cas à surenchérir. Si sa façon de poser tient parfois de la leçon bien récitée, elle a tout de même un charme inexplicable. S’il n’a pas la technique, il a pour lui la justesse de l’interprétation et sans atteindre des sommets il se distingue en abordant des thèmes relativement inédits (rencontre par internet, emploi chez Gap…) et des lyrics conscients. Il évoque ainsi l’esprit de famille (Family Business), l’éducation (Graduation Day, School Spirit) et parle même de religion sur le sublime Jesus Walks.
Mais le point faire de l’album est indubitablement sa qualité musicale. On n’avait plus eu un album aussi remarquablement produit depuis Chronic 2001. Un véritable bijou serti de pépites plus brillantes les unes que les autres qu’on ne se lasse pas d’admirer. Son procédé de voix soul se voix ici rehaussée d’instruments live et d’interprétations brillantes de sous-traitants de choix (au nombre desquels un John Legend alors totalement inconnu) est porté aux nues, enrobant l’album d’une couche rétro incroyablement emballante. On croirait presque être revenu dans les années 70 et c’est à peine si on ne s’attend pas à voir Marvin Gaye ou Curtis Mayfield débarqué sur les instrumentaux. Un sommet encore jamais atteint auparavant dans le rap. Une véritable réinvention de la soul. Les perles sont légions ( We Don’t Care, le merveilleux All Falls Down gorgée de soul pure sur lequel Syleena Johnson supplée Lauryn Hill avec brio, l’excellentissime Spaceship avec GLC & Consequence, l’entrainant Breathe In, Breathe Out avec un Ludacris au sommet ou encore le brillantissime Two Words avec Freeway, Mos Def et The Harlem Boys Choir) et on en vient réellement à manquer de qualificatifs pour faire part de notre émerveillement. Les collaborations s’avèrent également de premier choix avec outre les titres précédemment cités un Get ‘Em High de qualité sur lequel il convie la crème des conscious rappers de l’époque (Talib Kweli et Common) ainsi qu’un brillant Never Let Me Down où Jay-Z l’accompagne. Même le morceau final à rallonge (plus de 12 minutes) produit par Evidence (unique producteur extérieur à intervenir) séduit tout autant.
Au final un album des plus plaisants, musicalement très mature et qui séduira sans peine (à moins que vous ne soyez allergiques à la soul et à la voix de Kanye). Pour un premier disque il place la barre très haute et livre un des meilleurs albums de ce début de millénaire. Il prouve également qu’il est possible de prospérer dans le hip-hop en étant le plus personnel possible sans pour autant sombrer dans les clichés racailleux. Un pur moment de black-music.
18.5/20
Tracklist
| # | Title | Music | Sample(s) | Length |
|---|---|---|---|---|
| 1. | « Intro » (West) |
|
0:19 | |
| 2. | « We Don’t Care » (West/Vannelli) |
|
|
3:59 |
| 3. | « Graduation Day » (West) |
|
1:22 | |
| 4. | « All Falls Down » (feat. Syleena Johnson) (West/Hill) |
|
|
3:43 |
| 5. | « I’ll Fly Away » (Brumley) |
|
1:09 | |
| 6. | « Spaceship » (feat. GLC, Consequence) (West/Williams/Harris/Mills/Gaye/Gordy/Greene) |
|
|
5:24 |
| 7. | « Jesus Walks » (West/Smith) |
|
|
3:13 |
| 8. | « Never Let Me Down » (feat. Jay-Z, J. Ivy) (West/Carter/Richardson/Bolton/Kulick) |
|
|
5:24 |
| 9. | « Get ‘Em High » (feat. Talib Kweli, Common) (West/Greene/Lynn) |
|
4:49 | |
| 10. | « Workout Plan » (West) |
|
0:46 | |
| 11. | « The New Workout Plan » (West) |
|
5:22 | |
| 12. | « Slow Jamz » (feat. Twista, Jamie Foxx) (West/Mitchell/Bacharach/David) |
|
|
5:16 |
| 13. | « Breathe In, Breathe Out » (feat. Ludacris) (West/Miller) |
|
4:06 | |
| 14. | « School Spirit Skit 1 » (West) | 1:18 | ||
| 15. | « School Spirit » (West/Franklin) |
|
|
3:02 |
| 16. | « School Spirit Skit 2 » (West) |
|
0:43 | |
| 17. | « Lil Jimmy Skit » (West) |
|
0:53 | |
| 18. | « Two Words » (feat. Mos Def, Freeway, The Harlem Boys Choir) (West/Smith/Pridgen/Wilson/Wilson/Wilson) |
|
|
4:26 |
| 19. | « Through the Wire » (West/Foster/Keane/Weil) |
|
3:41 | |
| 20. | « Family Business » (West) |
|
|
4:38 |
| 21. | « Last Call » (West/Perretta) |
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