Jay-Z – American Gangster 16/20
Sortie: 6 Novembre 2007
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: P. Diddy & The Hitmen (Mario Winans, Sean C & LV), Just Blaze, The Neptunes, No I.D., Jermaine Dupri, DJ Toomp, F.R.E.A.K., Bigg D, Chris Flame, Idris Elba
On avait quitté Jay-Z après un Kingdom Come plutôt mitigé. Si son retour fut un nouveau succès commercial, il n’en est pas de même pour une critique de plus en plus assassine. President Carter ne s’apitoiera pourtant pas sur cette sortie qui appartient déjà au passé. Il est un homme de défis (il l’a maintes fois prouvé) et est bien décidé à s’en trouver de nouveaux, au micro ou dans les hautes sphères financières.
La résurrection viendra du cinéma. Subjugué par le film de Ridley Scott, American Gangster, Jay y voit un parallèle avec sa vie et décide d’enregistrer un album reprenant le concept du film. C’est bien la première fois qu’il se lance dans un projet de ce type avec un fil conducteur aussi précis. Ses proches se veulent d’ailleurs formels: il ne s’éloignera pas du concept. Beaucoup se prennent du coup à rêver à un nouveau Reasonable Doubt, encore plus cohérent. Rien ne filtre sur l’identité des éventuels contributeurs, laissant tout le monde dans l’expectative et ce jusqu’à ce que le premier single Blue Magic soit dévoilé. Un titre à la ligne de basse épurée, limite minimaliste produit par The Neptunes. Bonne nouvelle, Jay-Z revient à ce qui faisait sa force. Voix limpide, rimes percutantes, flow travaillé. Si l’instrumental n’est pas du goût de tous et que le refrain de Pharrell Williams gâche un peu le morceau, il n’en demeure pas moins une très bonne mise en bouche pour la suite. Quelques semaines plus tard le deuxième single est lancé à son tour. On est plus que surpris de voir qu’il est l’œuvre de P. Diddy et ses neo-Hitmen: Sean C & LV. On craint déjà qu’il ne nous refasse le coup d’In My Lifetime. Il n’en est cependant rien. Roc Boys bénéficie d’un ambiance soul 70s rappelant le meilleur de Kanye West. Un morceau plutôt réussi s’intégrant bien au concept de l’album. Dans la foulée la tracklist est enfin dévoilée et c’est avec quelques réserves qu’on constate que l’essentiel des productions ont été confiées à P. Diddy, Sean C & LV (six titres sur les quatorze que compte l’album). Autre surprise de taille: l’absence de Kanye West, sans doute trop occupé par la promotion de Graduation. Just Blaze ne signe que deux titres et Jermaine Dupri tape l’incruste. Des noms qui sont loin de rassurer, surtout qu’un autre morceau signé des Neptunes (I Know) sort deux jours seulement avant la sortie officielle de l’album sans qu’on comprenne trop le pourquoi de la démarche. Ce titre plutôt light aura pour principal mérite de semer encore plus le trouble à défaut de séduire le grand public.
Contrairement à ce que laissait entrevoir la tracklist hâtivement jugée peu convaincante, l’album s’avère plutôt de qualité. L’équipe Bad Boy se permet même de donner le ton avec une couleur musicale digne de Roc Boys. On voyage aux confins de la soul et du jazz 70s avec des samples de Barry White, Rudy Love & The Love Family et autres. Ils sont allé jusqu’à les faire rejouer pour leur donner encore plus d’authenticité. Toutes choses qui correspondent pile poil à l’ambiance recherché et collent au concept comme un string sur le cul d’une gogo-danseuse. Comme promis Jay s’en tient au fil conducteur du film avec des titres qui s’enchainent les uns aux autres et retranscrivent l’ascension et la décadence de ce clone discographique de Franck Lucas. La formule est parfaitement huilée et tous les morceaux, même ceux qu’on considèreraient comme improbables se fondent dans le concept. Hova est au commandes de cette fiction partiellement autobiographique (il avouera s’être inspiré de son passé de drug dealer) qui le voit gravir les échelons jusqu’au succès titre après titre avant de brutalement chuter à la fin. Un véritable film sur disque où la science de la rime de Jay-Z est toute entière mise au service de l’histoire sans pour autant devenir redondant ou ennuyeux. Fort de son flow retrouvé et de productions emballantes, il livre de nouvelles perles: un American Dreamin’ gorgé de soul, un No Hook transpirant la rue avec son ambiance pluvieuse ou encore Sweet rappelant le cinéma blaxploitation. D’autres titres pourraient à eux tout seuls résumer le concept de ce disque situé à mi-chemin entre la bande originale (pas mal d’extraits du film sont repris) et l’album traditionnel. Say Hello (produit par DJ Toomp et F.R.E.A.K.) et Party Life s’inscrivent dans cette mouvance.
Les invités sont rares et s’illustrent diversement. Lil Wayne fait entendre son flow chevrotant de camé en manque sur Hello Brooklyn 2.0 qui est à ranger parmi les bouses de l’album. On se demande encore comment ce titre creux et médiocre, couplé à une prod sans aucune originalité (reprise low-coast des Beastie Boys) a pu se retrouver sur cet album. Les deux Carter déçoivent sur ce son à oublier au plus vite. A contrario Beanie Sigel se distingue sur l’excellent Ignorant Shit (merveille produite par le trop effacé Just Blaze), rappelant à tous que le Roc n’est pas encore mort. Si Jay-Z se hisse allègrement au niveau de B.Mack sur ce son, il n’en est pas de même sur l’énorme Success collaboration plus qu’attendue avec Nas. Le Street Poet se permet de lui voler la vedette en livrant une performance de très bon niveau. Dernier guest, Bilal qui signe un très bon refrain (non crédité) sur un Fallin’ usiné par Jermaine Dupri.
Le pari est au final réussi pour Jay-Z. Le projet est bien ficelé et parfaitement mené. En dépit de quelques déchets, l’album est très satisfaisant et prouve qu’il faut encore compter avec Hov’ qui redore au passage son blason quelque peu terni par son disque précédent. Bien sur les réfractaires à la soul, aux ambiances seventies et ceux qui ne jurent que par le boombap seront déçus. Mais peu importe. American Gangster marque le véritable retour du Jigga Man et il serait hypocrite de bouder notre plaisir.
16/20
Tracklist
| # | Title | Producer(s) | Length |
|---|---|---|---|
| 1. | « Intro » (by Idris Elba) | Chris Flame, Idris Elba* | 2:01 |
| 2. | « Pray » | Diddy, Sean C & LV | 4:24 |
| 3. | « American Dreamin' » | Diddy, Sean C & LV, Mario Winans* | 4:47 |
| 4. | « Hello Brooklyn 2.0 » (feat. Lil Wayne) | Bigg D | 3:56 |
| 5. | « No Hook » | Diddy, Sean C & LV | 3:14 |
| 6. | « Roc Boys (And the Winner Is)…« | Diddy, Sean C & LV | 4:12 |
| 7. | « Sweet » | Diddy, Sean C & LV | 3:26 |
| 8. | « I Know« | The Neptunes | 3:42 |
| 9. | « Party Life » | Diddy, Sean C & LV | 4:29 |
| 10. | « Ignorant Shit » (feat. Beanie Sigel) | Just Blaze | 3:41 |
| 11. | « Say Hello » | DJ Toomp, Dean « F.R.E.A.K » Farmer | 5:26 |
| 12. | « Success » (feat. Nas) | No I.D., Jermaine Dupri* | 3:30 |
| 13. | « Fallin' » | Jermaine Dupri, No I.D.* | 4:01 |
| 14. | « Blue Magic » (feat. Pharrell) | The Neptunes | 4:10 |
| 15. | « American Gangster » | Just Blaze | 3:41 |
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