Busta Rhymes – Back On My B.S.
Sortie: 19 Mai 2009
Label: Flipmode/ Universal Motown
Producteurs: DJ Scratch, Jelly Roll, Cool & Dre, Danja, Ty Fyffe, Ron Browz, Mr Porter, Needlz, The Neptunes, Dready Beats, King Karnov
Chronique d’une catastrophe annoncée. Voici comment on pourrait aisément qualifier la genèse de cet album à ranger parmi les calamités discographiques des temps modernes. Un petit flashback permet tout de même de mieux comprendre les circonstances de la conception de cet album. Rappelons-nous que l’ami Bus-A-Bus était signé chez Aftermath et que ce nouvel opus devait initialement être supervisé par Dr. Dre en personne. Problème le bon docteur est plutôt occupé pas son propre album Detox. Heureusement que ses fidèles assistants se démènent en coulisse pour livrer des productions à Busta. L’album, d’abord intitulé Before Hell Freezes All Over commence donc à prendre forme et, de l’avis même de son auteur, devrait être un retour aux sources. Rien que ça! On salive déjà d’impatience à l’idée de retrouver un Busta fou furieux de nouveau libre de faire étalage de cette fougue qui a toujours été sa marque de fabrique. Malheureusement ses déboires ne font que commencer. Outre des problèmes judiciaires récurrents, Bus-A-Bus ne semble pas vraiment être sur la même longueur d’onde que sa maison de disques. Alors que l’album est rebaptisé Blessed, lui annonce en interview qu’il s’appellera Back On My Bullshit (B.O.M.B. en abrégé, un titre par ailleurs suggéré par Pharrell Williams). On se doute alors que le torchon brûle entre les deux parties, mais qu’importe, la promo est lancée. On voit ainsi arriver deux premiers singles: We made It sur lequel s’invite les Linkin Park et la bastos Don’t Touch Me. Deux titres plutôt convaincants qui laissent augurer d’un album de qualité. Les titres suivants qui seront dévoiler viennent corroborer cette impression. On se dit alors que le retour de Busta Rhymes sera l’évènement de cette année 2008. C’est alors que vint le désastre. Busta Rhymes s’embrouille avec Jimmy Iovine, le patron d’Interscope et quitte précipitamment Aftermath, laissant au passage une bonne moitié de son album dans les tiroirs du label pour des problèmes de droits. S’il retrouve rapidement une terre d’asile, la major Universal Motown en l’occurrence, il voit ses titres être dispersés un peu partout. We Made It devient ainsi une iTunes bonus track, I Got Bass et Don’t Touch Me restent à l’état de vidéos et enfin G-Stro se retrouve sur la B.O. de Fast & Furious 4. Busta ne conserve qu’une infime partie de ses titres. Tout est donc à refaire, mais la promo étant déjà lancée, Universal Motown ne peut se permettre de traîner. Il faut agir et vite. Solution: un Busta écrasant d’accessibilité et suivant totalement la tendance. C’est en tout cas la première impression que laisse le single Arab Money. Refrain entêtant passé à l’auto-tune (effet de mode oblige), vidéo racoleuse aux figurants « de luxe » douteux (dont Soulja Boy) et chorégraphie entrainante sont les ingrédients de ce morceau qui deviendra un hit mondialement connu et suscitera une flopée de remixes (déclinaisons?), relançant au passage la carrière de Ron Browz et assurant la notoriété de Bus-A-Bus chez les kikoolols. Bien sur ce titre lui vaudra une nuée de critiques sur la toile, mais en dépit de ces invectives il garde le cap et livre un autre single tout aussi controversé. Hustler’s Anthem ’09 marque le retour d’un Busta plus à l’aise avec ce sujet mais sa bonne volonté ne parvient pas à sauver ce morceau desservi par une production sans relief de Ty Fyffe et surtout par le refrain d’un T-Pain égal à lui-même. On est plus proches de l’imposture qu’autre chose là. Heureusement la résurrection viendra de l’excellent Respect My Conglomerate (un des rares titres de la première mouture de l’album que Bus a réussi à conserver), collaboration réussie avec un Jadakiss et un Lil Wayne comme on les aime. Cette infime lueur d’espoir est cependant obscurcie par un quatrième single des plus bouseux. Une calamité auditive portant fièrement le titre de World Go Round produit par un Jelly Roll à l’inspiration aussi abyssale que la fosse des Mariannes et qui voit intervenir Estelle, une enième tapineuse rue Pop Abêtissante qui épouse ici à merveille son rôle de sorcière des grands fonds.
Le sentiment d’insipidité (et disons le de dégoût) qu’a laissé le dernier single est encore plus que vivace ou moment où l’album sort enfin. Première lecture rapide des crédits et première déception. On avait espéré un legs de Jay Dee d’autant plus que Busta avait lui-même déclaré qu’« un album de Busta sans J Dilla n’est pas un album de Busta ». Remise dans le contexte et après écoute de l’album, cette phrase apparait comme une sombre prémonition. Entre une guest list qui tient plus d’entrées à choix multiples et une faiblesse instrumentale rédhibitoire, on peine à croire qu’on écoute l’album d’un MC qui a toujours su se renouveler et prendre favorablement tout le monde à contre-pied. Le fauve en furie n’est plus que l’ombre de lui-même, ses crocs ayant été remplacés par des dents de lait peu affutées et donc nettement moins tranchantes. Son précédent vaccin contre la rage s’avère tout aussi efficace et n’en déplaise à certains il n’a plus rien d’un lion depuis que sa fameuse crinière a été rasée.
C’est vous l’aurez donc compris très décevant. Rarement (jamais?) un album de Busta Rhymes aura été autant mal desservi en productions. On oscille entre le cotonneux, l’insipide et le passable. La palme d’or de la nullité revient à Jelly Roll auteur d’un Sugar alimentaire en plus du titre pré-cité. Ron Browz persiste à enfoncer l’album avec un Give Em What They Askin For franchement merdique (il aura au moins réussi à usiner un somnifère des plus efficaces) et même le vieux fidèle DJ Scratch se laisse contaminer par cette épidémie de médiocrité avec Imma Go & Get My… Ajoutons à cela We Miss You (électro-cardiogramme plat tout au long de la torture…pardon de l’écoute), We Want In titre terne où l’on voit apparaitre les vestiges du Flip Mode Squad (où sont passés Rampage et Rah-Digga?) et Ron-je-te-soule-Browz au refrain et Don’t Believe Em qu’Akon se charge de ruiner et on a fait le tour des déchets.
Heureusement Busta reste Busta et il nous le prouve dès que les productions suivent un minimum. L’excentrique et efficace Wheel Of Fortune est plutôt convaincant, tout comme Kill Dem, nouvelle combinaison à succès avec Pharrell Williams (secondé pour le coup par Tosh). C’est cependant le génial Decision qui marque irrémédiablement les esprits. Outre son casting de guests all-stars (Mary J. Blige, Jamie Foxx, John Legend & Common) ce morceau surprend par son originalité (les chanteurs font le refrain chacun leur tour) et constitue un des hauts faits du disque. Juste ce qu’il faut avec Respect My Conglomerate pour sauver le disque de la noyade. Il n’en demeure pas moins un album catastrophique de Busta Rhymes et sa pire sortie à ce jour. On ne peut qu’être pris de tristesse devant le spectacle pitoyable de ce rappeur d’exception englué dans la toile des intérêts économiques (on notera au passage que Bus-A-Bus parle souvent d’argent dans cet album) et autres désidératas des majors. Un projet qui n’honore absolument pas son auteur et le fait dangereusement glisser vers la voie de la wackitude. Gageons que Tyrone Smith puisse renaître de ses cendres au plus vite.
10/20
Tracklist:
| # | Title | Producer | Length |
|---|---|---|---|
| 1. | « Wheel of Fortune » | DJ Scratch | 3:24 |
| 2. | « Give ‘Em What They Askin’ for » | Ron Browz | 3:24 |
| 3. | « Respect My Conglomerate » (feat. Lil Wayne & Jadakiss) | Focus… | 3:34 |
| 4. | « Shoot for the Moon » | Danja | 3:20 |
| 5. | « Hustler’s Anthem ’09 » (feat. T-Pain) | Ty Fyffe | 4:29 |
| 6. | « Kill Dem » (feat. Pharrell & Tosh) | The Neptunes | 3:48 |
| 7. | « Arab Money » (feat. Ron Browz) | Ron Browz | 2:45 |
| 8. | « I’m a Go and Get My… » (feat. Mike Epps) | DJ Scratch | 4:54 |
| 9. | « We Want In » (feat. Ron Browz, Flipmode Squad: Spliff Star & Show Money) | King Karnov | 3:11 |
| 10. | « We Miss You » (feat. Demarco & Jelly Roll) | Needlz | 5:02 |
| 11. | « Sugar » (feat. Jelly Roll) | Jelly Roll | 4:05 |
| 12. | « Don’t Believe Em » (feat. Akon & T.I.) | Cool & Dre | 3:49 |
| 13. | « Decision » (feat. Jamie Foxx, Mary J. Blige, John Legend & Common) | Mr. Porter | 4:28 |
| 14. | « World Go Round » (feat. Estelle) | Jelly Roll | 3:51 |
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