Blaq Poet – Tha Blaqprint
Sortie: 30 Juin 2009
Label: Year Round Records/ Fat Beats Records
Producteurs: DJ Premier, Easy Moe Bee, Gemcrates
Inconnu du grand public et de beaucoup d’auditeurs, Blaq Poet n’en demeure pas moins une légende de Queensbridge. Actif dès la seconde moitié des années 80 au sein du groupe PHD, il est d’avantage connu comme membre du groupe Screwball (qui compte aussi KL, Solo & Hostyle) avec lequel il signera l’essentiel de ses faits d’armes. Deux albums de Screwball plus tard et notre légende de l’underground se lance en solo avec un premier album Rewind: Deja Screw de bonne facture avec en prime un producteur de choix en la personne de DJ Premier (rien que ça!). Une collaboration qui en appellera d’autres vu que le MC accompagnera Primo lors de sa tournée Européenne. très vite les bruits courent et il se murmure déjà que tous deux prévoient de faire un album ensemble. Quoi de plus alléchant que la perspective d’un disque entièrement produit par DJ Premier, d’autant plus que son association avec Guru semble battre de l’aile et que l’album commun avec Nas n’est pas d’actualité (au plus grand désespoir des fans). Un disque produit par DJ Premier est forcement attendu, quel que soit le nom et les capacités du MC. L’attente est donc plus qu’énorme au sujet de ce deuxième album solo de Blaq Poet « sobrement » intitulé Tha Blaqprint (je vous épargne la référence).
Malheureusement cet opus sera lui aussi victime de la nouvelle gangrène d’une industrie du disque de plus en plus frileuse: les multiples reports. Pas de quoi faire baisser l’attente cependant, d’autant plus qu’un premier single Ain’t Nuttin’ Changed où Primo sample le refrain d’Akon sur I Still Kill de 50 Cent tourne déjà. Et oui rien n’a changé. Que ce soit les flow et thèmes de Blaq Po ou le génie de Premier. Un excellent morceau qui débloque les nuques dès la première écoute. On en devient donc encore plus impatient au point d’envisager déjà un futur classique. Don’t Give A Fucc fuit à son tour des studios et reçoit les mêmes éloges que son prédécesseur. Du Primo inspiré et Blaq Po toujours égal à lui-même. L’impatience grandissant au fil des reports, Tha blaqprint devient la nouvelle cible des teams de leaks et fini par voir sa moitié atterrir sur la toile sans qu’on sache comment. Mais qu’importe, on ne boude pas notre plaisir, mais au fil des écoutes on en devient un peut moins euphorique et on commence à cerner les imperfections de ce disque. C’est dans cet état d’esprit qu’on se trouve lorsque le CD arrive enfin.
Premier constat après une écoute rapide, l’atmosphère de cet album est aussi ruff que sa pochette. On se croirait limite revenu à l’age d’or du rap New-Yorkais. Blaq Poet ne varie pas sa ligne directrice d’un iota sur cet opus. D’autres que lui auraient surement cédé aux sirènes commerciales et à la quête de célébrité. Il n’en est cependant rien avec lui. Toujours accro à la rue, éternel porte-parole des ghettos du Queens, il nous plonge direct dans son monde par le biais de ses versets sombres jusqu’à ce que l’odeur de rue dégueulasse qui exhale de cet album nous enveloppe tel un nuage de fumée. Des lyrics sans concessions de la trempe de ce à quoi il nous a habitué depuis Screwball. Sur ce plan pas de surprise. Seul hic son discours quoique suffisamment poignant devient très vite redondant. On fini par s’ennuyer de l’entendre toujours parler de Queens Bridge, de la criminalité, de la pauvreté et j’en passe. Ces thèmes finissent par en devenir d’autarciques lieux communs plus agaçants que captivants. Mais bon passons. En se procurant un disque de Blaq Poet, il ne faut pas s’attendre à autre chose…
L’album démarre sur des chapeaux de roues avec I-Gettin qui ramène l’auditeur directement dans les années 90. Les nostalgiques apprécieront mais pour les progressistes c’est déjà moins sur. Le morceau n’en demeure pas moins excellent. Très bon travail de Primo qui s’adapte à merveille au style du MC. Cette alchimie va s’étendre à l’essentiel des pistes de l’album avec des bastos comme Rap Addiction (pure merveille où Lil Fame et Blaq Po livrent une excellente prestation), Legendary Pt.1, What’s The Deal ou encore les deux singles déjà évoqués plus haut. Mais ne nous enflammons pas trop. Primo ne produit pas l’intégralité du disque contrairement à ce qui se disait. Dès la deuxième piste Easy Mo Bee le relaie derrière les machines pour pondre U Phucc’d Up, featuring posthume avec son cousin décédé KL (victime d’une crise d’asthme le 28 Mars 2008). Bon titre mais qui semble un peu faible au vu du triptyque de tueries made in Primo qui le suit. La pression baisse cependant à l’écoute du peu inspiré Hood Crazy qui sonne trop moyen. On repart cependant de plus belle avec Voices (qui rend hommage aux légendes du rap décédées) et l’énorme Hate ou N.O.R.E. prouve qu’il faut encore compter avec lui. Gemcrates s’invite à son tour à la prod sur Sichuwayshunz, titre mélancolique avec un piano pleureur qui n’est pas s’en rappeler certains morceaux d’une autre époque. Le retour aux manettes de Primo n’est cependant pas très concluant. Les titres suivants ne sont pas des plus captivants et le propos du MC commence vraiment à irriter du fait de son manque de variété. Let The Guns Blow passe bien cependant mais n’est pas du niveau des deux boucheries qui lui succède. L’album se conclut sur un hommage à KL où Primo sample les Jackson 5 rendant ainsi involontairement un hommage au King Of Pop décédé quelques jours avant la sortie de l’album.
En dépit de ses indéniables qualités artistiques ce disque comporte tout de même son lot de déceptions, quoique minimes comparée aux 3/4 des sorties actuelles. L’album est en effet monolithique. On a sans cesse droit à la même recette déclinées de plages en plages sans retenue, tant au plan des instrumentaux que dans la façon de poser et les thématiques. Toutes choses qui donne un sentiment de manque d’ouverture. De plus on pourrait arguer qu’il y a une volonté (sans doute assumée) de vouloir faire comme avant. Entre deux titres ça passe mais là on pourrait aisément affirmer que cet opus a été réalisé à la fin des années 90 sans que personne ne vienne affirmer le contraire. On a le sentiment que le MC comme le producteur sont incapables de se renouveler, ce qui ne leur fait pas vraiment honneur.
Tha Blaqprint demeure cependant un très bon produit qui se place incontestablement parmi les meilleures sorties de l’année. Il ravira à n’en point douter les Backpackers et autres nostalgiques des années 90, sans oublier les fans de DJ Premier mais pour les autres il sera un disque sympa à écouter mais qui à de fortes chances de vite devenir lassant.
17/20
Tracklist:
- I-Gettin (Prod. by DJ Premier)
- U Phucc’D Up (Feat. KL) (Prod. by Easy Mo Bee)
- Ain’t Nuttin’ Changed (Prod. by DJ Premier)
- What’s The Deal? (Prod. by DJ Premier)
- Legendary Pt. 1 (Feat. Nick Javas & NYGz) (Prod. by DJ Premier)
- Hood Crazy (Prod. by DJ Premier)
- Voices (Prod. by DJ Premier)
- Hate (Feat. N.O.R.E.) (Prod. by DJ Premier)
- Sichuwayshunz (Prod. by Gemcrates)
- Stretch Marks And Cigarette Burns (Feat. Panchi & Imani Montana) (Prod. by DJ Premier)
- S.O.S. (Prod. by DJ Premier)
- Let The Guns Blow (Prod. by DJ Premier)
- Don’t Give A Fucc (Prod. by DJ Premier)
- Rap Addiction (Feat. Lil’ Fame & Shabeeno) (Prod. by DJ Premier)
- Never Goodbye (Tribute to KL) (Prod. by DJ Premier)
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