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Rap et difficultés financières

Ross-House Rap et difficultés financières

Vu avec des yeux de profane et uniquement par le miroir déformant des médias et des lyrics, le rap semble être LE genre musical grâce auquel l’ascension sociale et financière est garantie. En effet presses, généraliste et spécialisées, ont coutume de montrer l’aspect le plus clinquant de l’iceberg à grands renforts de chiffres astronomiques, d’effusion d’objets de luxe, bijoux, voitures hors de prix et villas de rêve. Mais derrière les maybachs et autres chaînes serties de diamants se cache une réalité bien moins glamour, à savoir les difficultés financières que rencontrent nombre de rappeurs dans cette course au matérialisme affiché. Petite visite guidée de l’envers du décor et des principales difficultés financières à traverser/éviter pour espérer atteindre le sommet.

1. Les débuts

C’est un pléonasme d’affirmer que la plupart des MCs tirent le diable par le queue. Certains mêmes ne sont pas loin de l’extrême pauvreté et très peu d’entre eux parviennent au final à vivre de leur art. Les ventes de disques s’étant amenuisées ces dernières années, il faut avoir la chance de compter sur des fans absolus pour pouvoir espérer avoir une chance dans cette industrie. Débuter aujourd’hui est d’ailleurs difficile. Si par le passé il était de bon ton d’écumer les scènes et les soirées micro-ouverts, à présent il faut aussi être présent sur la toile, y construire sont buzz petit à petit à coups de sons leakés et de vidéos pour espérer attirer l’attention d’un blog influent ou d’un site important et partant d’un dénicheur de talent. Il est limite impossible d’avoir un contrat sans buzz sur la toile dans l’état actuel du marché. Aucun label ne veut prendre le risque de faire un four, du coup tout le monde préfère tabler sur celui qui remboursera au plus vite les frais de studio et de promo grâce à sa fan base plutôt que l’inconnu dont les titres n’ont pas reçu les faveurs des internautes. Mais pour se faire un nom sur la toile, il faut investir. Il faut être prêt à dépenser de l’argent en projets gratuits avant d’espérer sortir un album et ce même en indépendant. Du coup un MC totalement désargenté n’aura que très peu de chances de faire parler de lui s’il ne bénéficie pas d’une aide généreuse d’un acteur du mouvement. Mais avec le recul les rappeurs débutants y ont autant à gagner qu’à perdre. Une bonne présence sur la toile s’avère précieuse pour la popularité laquelle entraîne nécessairement des opportunités et aide à franchir les portes des gros labels.

2. Le premier contrat

L’imaginaire du milieu veut que la vie change une fois qu’on a pu parapher un contrat pour une major ou un label important. Ce n’est d’ailleurs pas totalement faux vu que la vie change, mais pas toujours dans le sens souhaité. Avant tout il faut avoir le flair de signer pour une maison de disques qui croit en l’artiste et ambitionne réellement de sortir son disque. Faute de quoi, le rappeur se retrouve bloqué par son contrat et ne peut s’en aller tant que celui-ci sera en vigueur. Il sera donc dans l’impossibilité de sortir quoi que ce soit et même ses apparitions en featuring devront bénéficier de l’aval de son employeur. Si par contre le label présente des garanties sur la sortie la donne est plus simple. Cependant il ne s’agit que du début des difficultés. Généralement les maisons de disques proposent des avances à leurs artistes une fois que ceux-ci ont signé pour elles. La somme est plus ou moins importante mais il ne faut pas perdre de vue qu’elle est remboursable et en cas de ventes en deçà des espérances, l’artiste se retrouve à devoir de l’argent à son label qui peut donc l’obliger ensuite à faire un projet à ses conditions pour pouvoir se rembourser. Ce cas de figure peut également survenir au cas ou le budget prévu pour le disque est dépassé. il convient donc de tempérer ses ardeurs artistiques et matérielles durant toute la période d’enregistrement puis de promotion. Il faut veiller à ne pas exploser son budget en conviant des concepteurs musicaux trop chers sur l’album, ne pas dépasser les sommes allouées pour la réalisation des clips et ne pas en demander trop pour la tournée. Tout dépassement du budget est déductible des royalties du rappeur qui s’il n’y prend garde n’aura pour seul bénéfice que l’avance perçue lors de sa signature. Enfin il faut bien faire attention au type de contrat signé.

3. La « réussite »

Peu de rappeurs ont la chance de faire de bons chiffres de vente à l’heure actuelle. Les ventes de disques rapportent même moins que les téléchargements de titres et de sonneries et les tournées. Si tout se passe bien pour le MC il reçoit un chèque de royalties plus ou moins important en fonction de son type de contrat. C’est alors qu’apparait la plus grande difficulté: savoir faire fructifier ce pactole et assumer son statut de fortuné. Peu d’artistes débutants réalisent qu’ils sont désormais sujets à de plus grandes attentes fiscales et que leur facture d’impôts sera importante. Ne pas avoir cette donnée crée des désagréments dans la gestion, surtout quand on a investi dans du clinquant et qu’on cumule les objets de luxe. Il est alors recommandé de s’entourer de gestionnaires et d’avocats mais il faut aussi s’assurer qu’ils ne sont pas véreux, ce qui est loin d’être une évidence dans ce milieu impitoyable. Il convient aussi d’investir dans des secteurs porteurs qui aideront à pérenniser cette manne financière sur la durée et avec le moins de déperditions fiscales possibles. Mais le plus dur est de résister à la tentation de faire n’importe quoi avec son argent. Une mauvaise gestion peut très vite mener à la ruine et une fois que l’artiste se retrouve en difficulté financière, il n’est plus maître de ses destinés et doit faire ce qu’il peut pour honorer ses dettes et garder son niveau de vie (un cercle vicieux dans lequel sont enfermés nombre d’artistes qui vivent à crédit). Le mieux pour éviter ce cas de figure est de se diversifier afin de ne pas être dépendant des seules ressources générées par la musique, même si cela est plus facile à dire qu’à faire.

4. Du mythe à la réalité

Alors la question est de savoir s’il est encore possible de devenir riche avec le rap. Hors des États-Unis c’est bien moins évident, les réalités n’étant pas les mêmes d’un pays à l’autre, mais le plus dur n’est pas de s’enrichir mais de le rester et d’assurer ses arrières. L’adolescent rêveur qui espère avoir une bentley dans son garage, comme il peut le voir dans les vidéoclips de ses idoles, n’a le plus souvent pas la moindre idée du long chemin à parcourir pour y arriver. Seule une minorité de rappeurs connaissent un grand succès et la plupart d’entre eux sont prisonniers de leurs contrats ou criblés de dettes. Derrière les voitures de luxes et les grosses chaînes, la réalité est le plus souvent amère. La santé financière des MCs ne tient le plus souvent qu’à un fil, un peu le même que celui de leurs vies à l’époque de leurs débuts, vu que la majeure partie de ceux qui tiennent le haut de l’affiche vivent au-dessus de leurs moyens (à quelques exceptions près). Une seule mauvaise affaire ou une folie de trop peu les ramener à la case départ en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. L’image renvoyée de vie de rêve oisive et bling-bling n’est qu’un trompe-l’œil. Les quelques-uns qui se sont mis à l’abri pour longtemps (Jay-Z, P. Diddy ou encore 50 Cent) ont travaillé sans relâche pour ne plus dépendre de leurs ventes de disques et franchir un cap, ce que tout le monde ne peut nécessairement réaliser. Ce qu’il faut retenir est que le rapport avec l’argent dans le hip-hop est une lutte de tous les instants où il est très difficile d’atteindre le sommet. Pour paraphraser Timbaland, « le hip-hop c’est beaucoup d’argent aujourd’hui et plus rien le lendemain », une phrase qui dans ce milieu a valeur de maxime.

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