Se faire éditer en Côte d’Ivoire: la signature
Après un rendez-vous avec un éditeur, vous avez pris connaissance du contrat qu’il vous propose. Après lecture et analyse, vous vous sentez apte à franchir le pas et à y apposer votre signature. Mais avant, il convient de demander des modifications si vous constatez que les clauses suivantes sont inclues dans le contrat.
Les clauses à risques
Le droit d’exclusivité ou clause de préférence
Cette clause vous oblige à proposer en priorité un certain nombre de vos futurs ouvrages à cet éditeur. En cas de litige, vous ne pourrez donc pas changer d’éditeur et serez condamné à collaborer avec lui. Dans les cas les plus extrêmes, vous n’aurez même pas la possibilité de faire éditer l’ouvrage ailleurs au cas où il serait refusé. Demandez le retrait de cette clause ou tout au moins son réaménagement.
La provision pour retours
Par retours, il faut comprendre les exemplaires invendus en librairie. Au bout d’une certaine période, les livres non-commercialisés sont renvoyés à l’éditeur par les libraires. Si vous avez cette clause dans votre contrat, le financement de ces invendus sera prélevé sur vos droits d’auteur, qui bien sûr se réduiront comme peau de chagrin. Dans le pire des cas, vous vous retrouverez même à devoir de l’argent à votre éditeur. Clause à bannir.
L’achat d’exemplaires
Certains éditeurs vous demandent d’acheter un certain nombre d’exemplaires de votre propre ouvrage. Certains vont même jusqu’à les déduire de vos royalties et vous font miroiter que vous gagneriez à les vendre pour toucher de l’argent. Refusez absolument cette clause abusive. Si vous n’y prenez garde, vos droits d’auteur seront réduits à la portion congrue et vous n’aurez pour seuls dividendes que les ventes directes des exemplaires que vous avez acheté.
Autre écueil, il ne faut jamais accepter de débourser le moindre centime pour les exemplaires d’auteur (environ une dizaine d’exemplaires du premier tirage qu’on remet à l’auteur pour sa bibliothèque personnelle). Vous y avez droit, vous n’avez pas à payer pour ça.
Prix de la cession
Il ne s’agit pas d’une clause dangereuse en soi vu qu’elle est obligatoire (c’est elle qui définit le montant de vos royalties). Si par contre vous constatez que vous touchez moins de 6% en droits d’auteur, réfléchissez bien avant de signer. Autre clause à négocier absolument, un pourcentage progressif en fonction des ventes et des rééditions. Vous pouvez par exemple demander un pourcentage de 10 % à partir du cinq centième exemplaire vendu, de 12 % à partir du millième exemplaire et ainsi de suite. Si vous vous contentez d’un montant fixe, vous sortirez grand perdant au cas où l’ouvrage serait un best-seller. Quelque soit le nombre de ventes, vous ne toucheriez alors que les 6 à 8% de votre contrat de base, ce qui serait regrettable.
Autres clauses abusives
Il m’est revenu que certains contrats prévoient que l’auteur ne touche aucun droit sur les exemplaires commercialisés durant les événements organisés par l’éditeur (dédicaces, salons, conférences, etc.). En clair, seules les ventes en librairie et dans les grandes surfaces (en plus de celles réalisées par vos soins) entrent dans le calcul des royalties. Négociez pour faire retirer cette clause qui génère de mauvaises surprises.
Soyez également regardant sur les clauses abordant les éventuelles traductions et adaptations pour tout type de support. Le mieux est qu’elles fassent l’objet d’un contrat distinct du principal mais au cas où ces clauses y figurent, examinez le pourcentage auquel vous avez droit pour ne pas vous retrouver le bec dans l’eau si votre ouvrage fait l’objet d’une traduction ou d’une adaptation cinématographique par exemple.
A ce stade (la signature du contrat), si votre éditeur vous a proposé un à-valoir, c’est le moment où il vous remet votre chèque. Vérifiez que le montant est bien celui sur lequel vous étiez tombés d’accord.
Qu’est-ce que la signature implique?
Une fois que le contrat est signé, vous êtes contractuellement lié à cette maison d’édition. Vous devrez donc impérativement vous montrer diligent durant toute la phase de préparation éditoriale (j’y reviendrai). Vous vous retrouverez à faire des concessions plus ou moins importantes. Faute de quoi, l’éditeur peut évoquer votre manque de flexibilité et rompre le contrat unilatéralement.
L’éditeur de son côté a désormais l’obligation de sortir votre ouvrage. Cependant, dans la majeure partie des contrats, il est question du manuscrit final. Il s’agit de la version définitive, corrigée et retouchée. L’éditeur conserve la possibilité de refuser d’éditer l’oeuvre s’il n’est pas satisfait par le manuscrit final. Dans ce cas, le contrat est rompu. Vous conservez votre à-valoir si vous en avez perçu un, vous récupérez vos droits et êtes libre de chercher un nouvel éditeur.
Vous devez cependant garder à l’esprit que vous avez cédé les droits d’exploitation de votre oeuvre à votre éditeur. A compter de cet instant, votre bébé (votre livre) ne vous appartient plus. La majorité des décisions le concernant sont prises par la maison d’édition. C’est elle notamment qui fixe la date de sortie, le prix public et la stratégie de promotion. Vous serez informé de certaines choses mais le gros du processus éditorial vous sera totalement inconnu. En clair, vous embarquez dans un navire sans avoir la moindre idée de la destination. Encore heureux qu’en Côte d’Ivoire, les éditeurs sont moins dirigistes que leurs homologues occidentaux. Du coup, l’expérience peut s’avérer enrichissante. Il ne faut cependant jamais oublier que votre livre n’est qu’un produit pour votre maison d’édition, qu’importe que vous y ayez mis toutes vos tripes et votre âme. Du coup, elle n’a que faire de vos ambitions artistiques. Certains éditeurs cachent bien leur jeu et se gardent de vous parler de toutes les modifications qu’ils veulent apporter à votre oeuvre. Ce n’est que lorsque vous avez signé qu’ils vous mettent devant le fait accompli.
Signer un contrat d’édition est donc une démarche à double-tranchant. Ce n’est pas non plus une garantie que votre livre sortira effectivement. Vous allez devoir vous montrer patient et conciliant sur certains aspects. Je parlerai en détail du processus de préparation éditoriale dans un article dédié.
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